Notre mémoire nationale est en crise. Notre roman national est en panne. Ainsi naît notre peur, un peu honteuse de sortir de l’histoire.

D’une mémoire laïque fondée sur l’histoire, nous passons à une mémoire -religion- que cultivent toutes les politiques identitaires. Nous rentrons dans l’ère de la mémoire numérique, où noyée dans un océan de signes, plus rien ne s’oublie, où tout peut se rappeler à nous-mêmes, dans un « perpétuel présent » ?

Depuis plus de cinquante ans, la mémoire est devenue un devoir, après la tragédie absolue de la Shoah, posée comme pierre fondatrice de notre Europe. En face, le droit à l’oubli, dans nos sociétés techniques du numérique du « tout mémoire », s’impose comme un absolu démocratique.

La crise actuelle est aussi culturelle, les débordements économiques actuels sont nés de véritables défaillances culturelles. D’une perte de repères historiques. D’une absence de mémoire. Nous refaire une mémoire moderne, voilà sans doute, notre plus essentiel défi, pour éviter de voir le monde nous oublier, et nous-mêmes nous cantonner à mimer avec nostalgie les fables de notre enfance.

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