Epictète, comme Socrate, n'a pas écrit son oeuvre ; c'est son disciple Arrien qui nous l'a léguée. Né en 50 après Jésus-Christ, en Phrygie, contrée d'Asie Mineure, Epictète fut amené à Rome comme esclave, mais sa condition ne l'empêcha pas de suivre l'enseignement du stoïcien romain Musonius Rufus. Après avoir été affranchi, il ouvrit une première école de philosophie à Rome, tout en menant une vie de pauvreté. Banni en 94, avec tous les philosophes, par l'empereur Domitien, il se réfugia sur la côte grecque à Nicopolis et continua ses leçons dans une nouvelle école. Le Manuel, c'est-à-dire l'enkheiridion, le poignard que l'on a sous la main pour affronter toute éventualité, est voué à l'efficacité éthique. Il est bref et incisif par nécessité. Il ne s'adresse pas au sage, qui n'en a pas besoin, mais à ceux qui, parmi les non-sages, sont en progrès et s'exercent à la sagesse. Le Manuel donne non seulement les signes du progrès, mais les ultimes conseils, et les marques qui pourront montrer que le pas décisif vers la philosophie aura été franchi. Ces signes, ces conseils et ces marques, le destinataire du Manuel doit les emporter avec lui, pour une oeuvre qui, s'appuyant sur les livres, est hors des livres, et ne peut être aidée par personne, sinon par le dieu qui est en lui.
Epictète