« D’un coup, l’amour. L’homme, tout le trafic autour, ça me met de l’essence. Dès que je peux faire la fille, je suis complètement nénuphar, et j’ai le rose aux joues. Une vraie vacherie au début, la présentation de soi-même devant le mâle, à travailler comme un paon. J’ai pas l’habitude de sourire comme ça à n’importe qui et je rame. J’ai peur que mes dents tombent. »
Evelyne est cynique, moqueuse, et drôle. Elle a treize ans, des parents qu’elle méprise, un frère qu’elle sadise, et un chien, Lulu, qu’elle chérit. Un jour, son père mutile Lulu sous ses yeux, et sa vie bascule. C’est un Premier Mai : muguet, clochettes. Désormais, Evelyne héberge des carillons dans sa tête. Il leur arrivera de s'exprimer à sa place, en toute légitime violence. Ensuite, elle tape sur sa mère à coups de marteau, couche avec Joe Vandaire, un ami de ses parents, est exclue du lycée, devient strip-teaseuse, et puis Lulu meurt. Alors Evelyne s’en va. Elle s’installe avec Luiggi le pizzaïolo, qui lui fait un enfant. Une vie presque normale. Mais la semaine, au lieu d’aller à l’usine faire le ménage, Evelyne est escort-girl en secret.
A force de rencontrer des « clients distingués », elle commence à sentir « la possibilité de l’épaisseur des gens ». Et puis Daniel entre dans sa vie : « Il a plus d’idée qu’un génie à deux têtes. Il me les partage, ça me consolide ».
Côtoyer l’intelligence, ça la grise, mais Daniel parle trop, trop, trop, il est narcissique et égocentrique, Evelyne se lasse, elle le quitte, il s’accroche et pleurniche.
Elle le poignarde.
« C’est facile pour personne d’apprivoiser sa cellule ».

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