Les cendres de Garcia Marquez reposent désormais en Colombie

Par @Culturebox
Mis à jour le 23/05/2016 à 08H55, publié le 23/05/2016 à 08H52
La cérémonie en hommage à Garcia Marquez en Colombie s'est  achevée à la nuit tombée par des coups de canon tirant des milliers de  papillons de papier crépon jaune.

La cérémonie en hommage à Garcia Marquez en Colombie s'est  achevée à la nuit tombée par des coups de canon tirant des milliers de  papillons de papier crépon jaune.

© LUIS ACOSTA / AFP

Les cendres de l'écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez reposent désormais dans son pays natal, au coeur d'un cloître ancien de Carthagène des Indes, où il aimait à séjourner et où un émouvant hommage lui a été rendu dimanche.

"C'est une joie mêlée de tristesse mais plus de joie que de tristesse car voir son frère parvenir jusqu'où est arrivé Gabito ne peut donner que de la joie", a déclaré Aida Rosa Garcia Marquez, 85 ans, 4e des 10 frères et soeurs du prix Nobel de littérature.

D'immenses papillons jaunes, symbole du réalisme magique de "Gabo", surnom affectueux de l'auteur de "Cent ans de solitude", ornait les arbres du Claustro de la Merced (cloître de la grâce), à une centaine de mètres de la maison familiale sur le front de mer. "C'est un honneur que la ville de Carthagène organise un tel événement. On est très heureux, très contents", a déclaré Gonzalo Garcia Barcha, l'un des fils de l'écrivain décédé à l'âge de 87 ans, le 17 avril 2014 à Mexico, où il vivait avec son épouse Mercedes Barcha et où il a été incinéré.

Autour de sa veuve, 400 invités, la plupart vêtus de blanc, avaient pris place en fin d'après-midi dans ce cloître, proche des fortifications de la cité, bijou de l'architecture coloniale de la côte caraïbe, classé au  patrimoine mondial de l'UNESCO. Edgar Parra Chacon, recteur de l'Université de Carthagène, à laquelle est rattaché le cloître, a exprimé l'"immense honneur de recevoir les cendres de Gabo". Il a rappelé que c'est dans cette ville que l'écrivain, abandonnant ses études de droit, avait débuté comme journaliste et situé plusieurs de ses livres. Pendant la cérémonie, des comédiens figuraient ainsi des tableaux vivants de "L'Amour au temps du choléra", sous les arcades du cloître.

Une reconnaissance

Puis les deux fils de "Gabo", Gonzalo Garcia Barcha, designer installé à Paris, et son frère cinéaste Rodrigo, qui vit aux Etats-Unis, ont dévoilé un buste en bronze de leur père, érigé au coeur du cloître, sur une passerelle de verre. Les cendres avaient été déposées plus tôt par la famille, lors d'une  cérémonie strictement privée, dans la stèle supportant le buste, oeuvre de l'artiste britannique Katie Murray. L'un des petits-fils de Garcia Marquez, Mateo, a ensuite lu des extraits de l'oeuvre de son grand-père. Puis après plusieurs airs joués par l'orchestre de l'Université, dont la "Petite Suite Nocturne" de Mozart, la cérémonie s'est achevée à la nuit tombée par des coups de canon tirant des milliers de papillons de papier crépon jaune. C'était "très, très émouvant. C'est un engagement que nous avions envers Gabo", a déclaré Gonzalo Garcia Barcha. 

Le fait que ses cendres reposent à Carthagène ne semblait pas faire l'unanimité

"L'hommage à Garcia Marquez (...) devrait être chez lui, à Aracataca", village caribéen où il est né 6 mars 1927, a déclaré Nereira Esparragoza, 51 ans, venue de Barranquilla à 130 km de là. Katia Manjarrez, 53 ans, commerçante de Carthagène était loin se réjouir de l'attractivité supplémentaire que la présence des cendres de Gabo vont apporter à la cité. Selon elle, "nous devrions respecter le pays qu'il aimait, le Mexique (...) Pour lui, Carthagène et Aracataca étaient passées au second plan". Mais sur la place de l'Horloge, un des hauts lieux touristiques de la  ville, Gustavo Cabarcas, 62 ans, se réjouissait. "Les cendres de notre prix Nobel appartiennent à Carthagène. C'est une reconnaissance. Pour nous c'est une joie qu'elles restent ici", a assuré ce vendeur d'artisanat caribéen.

Le président Juan Manuel Santos, annoncé parmi les invités et qui au moment du décès de l'écrivain avait salué le "plus grand Colombien de tous les temps", n'était pas présent. Garcia Marquez, qui décrivait le journalisme comme "le plus beau métier au monde", était aussi un fervent défenseur des victimes des dictatures latino-américaines et admirateur de la révolution cubaine, ce qui lui a été  reproché, comme le fait de ne pas vivre dans son pays, ravagé depuis le milieu de XXe siècle par le plus ancien des conflits armés des Amériques.