Le sinologue belge Pierre Ryckmans, dit Simon Leys, est mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 11/08/2014 à 16H05, publié le 11/08/2014 à 11H17
Pierre Ryckmans, dit Simon Leys

Pierre Ryckmans, dit Simon Leys

© WILLIAM WEST / AFP

Le sinologue et écrivain belge Pierre Ryckmans, plus connu sous son nom de plume Simon Leys, est décédé en Australie à l'âge de 78 ans, a annoncé lundi son éditeur Black Inc. En 1971, en plein aveuglement maoïste en France, il avait dénoncé les réalités de la révolution culturelle. Il laisse une oeuvre éclectique au ton souvent réjouissant.

Egalement traducteur et essayiste - notamment de Simone Weil -, Simon Leys, di^lôùé de l'université de Louvain (Belgique), s'était installé en 1970 en Australie où il a longtemps enseigné la littérature chinoise à l'université de Canberra.

"Pierre était un brillant universitaire et spécialiste de la civilisation chinoise" à qui l'on doit "une littérature et des essais de la plus belle facture", a estimé Black Inc. sur son site internet.

"Les habits neufs du président Mao"

Pierre Rykmans a 20 ans quand il découvre la Chine. Il parle et lit parfaitement la langue, épouse une chinoise et publie en 1971, en plein délire maoïste chez les intellectuels européens - et singulièrement français - "Les Habits neufs du président Mao", un livre iconoclaste où il dénonce la réalité de la révolution culturelle.
 
A l'heure où les soixante-huitards maoïstes - et avec eux tout un cortège d'intellectuels comme Michel Foucault ou Jean-Paul Sartre - voient en elle une lutte grandiose et "spontanée" des masses contre les appareils bureaucratiques, Simon Leys démontre qu'il s'agit d'un médiocre combat entre des élites corrompues qui n'hésitent pas à broyer la vie de millions de personnes pour parvenir à leurs fins.

Accusé d'être un agent de la CIA

Pour ces écrits, Leys connaitra l'insulte et le mépris, se faisant, entre autres, accuser d'être un agent de la CIA. Il faudra attendre 1983 pour qu'on l'entende à la télévision française, dans l'émission Apostrophes de Bernard Pivot.

Invité à l'occasion de la publication du livre sur la Chine de Maria Antonietta Macciocchi, il dira: "Il est normal que les imbéciles profèrent des imbécillités comme les pommiers produisent des pommes, mais je ne peux pas accepter, moi qui ai vu le fleuve Jaune charrier des cadavres chaque jour depuis mes fenêtres, cette vision idyllique de la Révolution culturelle."
   
Simon Leys est l'auteur de nombreux autres essais sur la Chine, notamment "La forêt en feu" (1983).

Une oeuvre éclectique

Simon Leys laisse une oeuvre importante, éclectique où il marie avec bonheur sérieux scientifique et ironie mordante.
   
Il avait en particulier publié en 1984 un "Orwell ou l'Horreur de la politique", où il évoquait la proximité de leurs tempéraments: même goût de la vérité, même habitude d'avoir raison contre l'intelligentsia, même désinvolture aussi. Leys soulignait par exemple qu'au lendemain de la publication de "1984", le livre qui fera enfin "reconnaître" l'auteur britannique, celui-ci se contentera d'aller s'acheter une nouvelle canne à pêche.
   
Plusieurs fois récompensé, notamment par le prix Renaudot en 2003 dans la catégorie essais, cet érudit discret, à l'air de séminariste fiévreux, se faisait rare et donnait très peu d'interviews.
   
Il faisait les choses qu'il aimait: "Cela ne servira peut-être à rien mais en attendant on se sera bien amusé!", confiait-il en 1983 au Nouvel Observateur.