Le philosophe Alain Finkielkraut élu à l'Académie française

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/04/2014 à 17H47, publié le 10/04/2014 à 16H13
Alain Finkielkraut (2013)

Alain Finkielkraut (2013)

© PIERRE VILLARD/SIPA

Ardent polémiste, taxé de réactionnaire par ses détracteurs, le philosophe de 64 ans ne laisse personne indifférent. Sa candidature avait créé la polémique opposant, pro et anti-Finkielkraut sous la Coupole. Le nouvel immortel de 64 ans a été élu au premier tour par 16 voix sur 28. Huit académiciens ont apposé des croix sur leurs bulletins de vote.

"Je ne peux pas bouder mon plaisir, même si je n'aurais jamais eu l'idée de me présenter de moi-même, j'ai trop conscience de mes limites", a déclaré Alain Finkielkraut au Point. "Des académiciens amicaux m'ont sollicité. Je me suis présenté incertain et tremblant. Je leur suis reconnaissant ainsi qu'à toute la compagnie. Je suis fier et heureux d'être membre de cette institution anachronique", s'exclame encore "Finkie".
Personnalité "trop clivante", jugeaient en coulisses certains habits verts, l'un d'eux allant jusqu'à évoquer l'entrée du FN à l'Académie. "Intellectuel incontournable", rétorquaient ses partisans, parmi lesquels Jean d'Ormesson, Pierre Nora, Max Gallo ou Hélène Carrère d'Encausse, secrétaire perpétuel de l'institution.
Ce familier des plateaux de télévision, animateur de l'émission "Répliques" sur France Culture, n'a pas manqué d'agiter le petit monde feutré du Quai de Conti : personnalité
"trop clivante", trop "polémique", ont jugé les académiciens opposés à son élection mais qui avancent masqués, certains allant jusqu'à évoquer l'entrée à l'Académie du Front national...
"Si Finkielkraut  n'est pas élu jeudi, je ne mettrai plus les pieds à l'Académie", avait même prévenu Jean d'Ormesson cité par Le Figaro.
Face à l'auteur de "La défaite de la pensée", cinq autres candidats postulent au fauteuil de l'écrivain Félicien Marceau disparu en 2012: Gérard de Cortanze, Renaudot 2002 pour "Assam", Alexis Antois, Yves-Denis Delaporte, Robert Spitzhacke et Athanase Vantchev de Thracy.

Politiquement incorrect
Critique de la modernité et pourfendeur du politiquement correct, Alain Finkielkraut  a suscité de vives controverses fin 2013 avec son essai à succès sur l'identité nationale et l'immigration, "L'identité malheureuse" (Stock). L'un de ses contradicteurs avait été le Premier ministre Manuel Valls, alors ministre de l'Intérieur.
De tels remous n'ébranlent guère ce polémiste anticonformiste "mu par la volonté aristocratique de déplaire", selon Pascal Bruckner qui cosigna avec lui "Le Nouveau Désordre amoureux", succès en 1977 de ces deux brillants philosophes de 28 ans s'attaquant au mythe de la révolution sexuelle.
"Mes buts ne sont pas politiques", dit Alain Finkielkraut . "J'écris pour dévoiler ce qui m'apparaît comme une certaine vérité. Les nuances ne peuvent pas être l'alibi pour noyer le poisson".
Fils d'un déporté survivant d'Auschwitz, Alain Finkielkraut  est né le 30 juin 1949 à Paris dans une famille juive d'origine polonaise. Normalien, agrégé de lettres et professeur de philosophie, notamment à l'Ecole polytechnique jusqu'à l'an dernier, il voue aux lois de la République un respect absolu et défend bec et ongles l'école républicaine "à la française".
On retrouve chez l'écrivain et philosophe, à qui un lymphome a coûté la vision de l'oeil droit, l'influence de Hannah Arendt, Emmanuel Lévinas, Charles 
Péguy ou encore de son ami Milan Kundera, qui dit de lui: "cet homme ne sait pas comment ne pas réagir". Finkielkraut  a été ainsi l'un des premiers intellectuels à prôner une intervention occidentale en ex-Yougoslavie.
Parmi ses oeuvres principales figurent des ouvrages sur la fin de la culture, la littérature, l'amour, la modernité, l'éducation ou la religion, dont "La Défaite de la pensée" (1987), "Internet, l'inquiétante extase" (2001), "La Querelle de l'école" (2007), "Un coeur intelligent", prix de l'essai de l'Académie française 2010, ou encore "Et si l'amour durait" (2011).