Le notaire pouvait-il vendre les "Mémoires d'outre-tombe" : le procès renvoyé à septembre

Par @Culturebox
Mis à jour le 12/03/2015 à 12H27, publié le 11/03/2015 à 16H47
François-René CHATEAUBRIAND (1768-1848), gravure d'après Girodet-Trioson

François-René CHATEAUBRIAND (1768-1848), gravure d'après Girodet-Trioson

© Gianni Dagli Orti / The Art Archive / The Picture Desk

Le procès d'un notaire parisien, poursuivi pour avoir mis aux enchères publiques une copie manuscrite des Mémoires d'outre-tombe de Chateaubriand, a été reporté au 10 septembre.

Poursuivi pour abus de confiance aggravé, le notaire, Pascal Dufour, se défend en assurant qu'il s'estimait propriétaire de ce manuscrit, la seule copie complète de l'oeuvre de François-René de Chateaubriand. La pièce avait en effet été déposée en 1847 chez un notaire dans le cadre d'un contrat avec un éditeur. Elle s'est ensuite transmise de génération en génération jusqu'à l'étude de Pascal Dufour, qui avait décidé en 2012 de vendre et de mettre aux enchères publiques les 3.514 pages reliées en 10 volumes. 
Dernière page du manuscrit des "Mémoires d'outre-tombe" de Chateaubriand, signé de sa main

Dernière page du manuscrit des "Mémoires d'outre-tombe" de Chateaubriand, signé de sa main

© THOMAS SAMSON / AFP
Le manuscrit avait été écrit par des secrétaires de l'écrivain et homme politique, et signé de sa main. 

La vente, programmée fin novembre 2013 à l'hôtel Drouot, avait finalement été annulée et le parquet de Paris avait ouvert une enquête, à l'issue de laquelle il a cité à comparaître le notaire. Ce dernier est poursuivi pour abus
de confiance aggravé au préjudice de la succession de Chateaubriand, en l'occurrence un descendant de son frère aîné, qui n'a pas porté plainte. 

A l'audience jeudi, le président de la 30e chambre correctionnelle, Yves Madre a rappelé les conditions dans lesquelles le manuscrit avait été déposé chez le premier notaire: "M. Chateaubriand avait des problèmes d'argent" et
avait cédé son oeuvre à l'éditeur Delloye en échange d'une somme et d'une rente. C'est pour cela qu'une copie était gardée chez l'écrivain pour être terminée et remaniée jusqu'à sa mort, une autre chez l'éditeur et une troisième
chez le notaire. Chateaubriand avait aussi souhaité que les copies soient détruites à sa mort, à l'exception de celle qui se trouvait auprès de lui. 

Le magistrat a demandé un complément d'information sur la société Delloye, son devenir et ses ayants droit, sans cacher qu'il y avait de fortes chances que ces investigations soient vaines. Cette société est présumée avoir fait
faillite au XIXe siècle, mais "nous n'avons rien d'officiel", a fait remarquer le magistrat. Du coup, les débats ont été renvoyés au 10 septembre. Partie civile, la chambre des notaires de Paris avait aussi demandé le renvoi du dossier.