Le groupe d'édition de Berlusconi veut racheter son principal concurrent

Par @Culturebox
Publié le 19/02/2015 à 18H32
Silvio Berlusconi, propriétaire du groupe de presse et d'édition Mondadori.

Silvio Berlusconi, propriétaire du groupe de presse et d'édition Mondadori.

© Tiziana Fabi / AFP

Coup de tonnerre dans le monde de l'édition italien : le groupe Mondadori, propriété du magnat Silvio Berlusconi, a fait une offre de rachat de son principal concurrent, RCS Libri, l'activité livres de RCS Mediagroup. S'il se concrétise, ce rachat donnerait naissance à un "moloch du livre" en Italie, sans égal en Europe.

RCS Libri, un empire de l'édition et de la presse 

Confirmant, à la demande des autorités boursières des rumeurs, circulant depuis plusieurs semaines, Mondadori a indiqué mercredi soir avoir fait une offre non contraignante de rachat de RCS Libri, l'activité livres de RCS Mediagroup. Ce groupe milanais plus que centenaire est connu surtout en tant qu'éditeur des grands quotidiens Il Corriere della Sera, la Gazzetta dello Sport et l'espagnol El Mundo.
   
RCS Libri rassemble une douzaine de maisons d'édition comme Rizzoli (du nom du fondateur du groupe Angelo Rizzoli), ou encore Bompiani, éditeur en Italie des auteurs vedettes Umberto Eco et Michel Houellebecq, dont les derniers livres figurent actuellement parmi les meilleures ventes dans le pays.

Ce mariage créerait un colosse unique en Europe

Arnoldo Mondadori Editore, qui est présidé par la fille de Silvio Berlusconi, Marina, et RCS Mediagroup sont respectivement premier et deuxième acteurs du secteur en Italie avec 27% et 11,7% de parts de marché. Leur union créérait donc un colosse doté d'une force de frappe sans égal en Europe: près de 40% du marché de l'édition national, dont près de 70% pour le livre de poche, selon les spécialistes.

L'offre de Mondadori, qui porte sur 99,99% du capital de RCS Libri, va être "évaluée", a sobrement répliqué RCS Mediagroup. Un conseil d'administration est prévu le 11 mars, mais il pourrait être anticipé en cas d'offre contraignante, annonce jeudi le Corriere della Sera. L'offre valoriserait la société à un chiffre compris entre 120 et 150 millions d'euros, indique le journal.

La bourse salue la nouvelle, les éditeurs et la presse s'inquiètent
   
La nouvelle a été saluée à la Bourse de Milan où le titre RCS Mediagroup a atteint en matinée son plus haut niveau depuis juillet (+3%). Les investisseurs calculent qu'une telle cession pourrait épargner une nouvelle augmentation de capital à la maison-mère, actuellement lourdement endettée.

Dans le monde des médias et de l'édition, les réactions ont été nettement moins enthousiastes: "Le nouveau +Mondazzoli+, ou Dieu sait comment il sera rebaptisé, sera un monarque absolu, à même de dicter sa loi à tous les niveaux dans la filière du livre", a mis en garde le quotidien de gauche La Repubblica (groupe L'espresso).

En outre, "Mondadori-RCS se distinguerait aussi du reste de l'Europe par un autre facteur qui n'a rien d'anodin: son patron serait Silvio Berlusconi, ancien Premier ministre qui continue à influencer la scène politique nationale", souligne-t-il.

"Une fusion entre Mondadori et RCS est quelque chose d'insensé, même les pierres s'en rendent compte. Ou je me trompe ?", tweete pour sa part la maison d'édition romaine Koinè Nuove Edizioni. D'autres internautes disent envisager de "cesser de lire" ou de "boycotter" le futur géant ou en appellent aux pouvoirs publics ou aux autorités de concurrence à empêcher le mariage.

Le numéro trois de l'édition italienne plus mesuré

Stefano Mauri, PDG du groupe Gems, troisième principal acteur du marché de l'édition derrière les deux promis se veut un peu plus mesuré, relevant notamment qu'à ce stade "une partie des actionnaires de RCS semble nettement opposée à cette abdication". "Si je suis inquiet ? On verra", philosophe-t-il, dans un entretien au site illibraio.it, qui fait partie de son groupe.

"En tant qu'éditeur je deviendrais numéro deux, et donc l'alternative à un groupe-mastodonte, avec toute ce que cela implique dans un métier qui s'apparente à un centaure: une partie est industrielle et a besoin de masse critique (...). Mais l'autre, celle avec laquelle on crée vraiment de la valeur, faite de recherche, passion et talent, est artisanale et ne dépend pas tant que ça des dimensions", conclut-il.