Rentrée littéraire : l'ensorcelant "Summer" de Monica Sabolo

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 19/09/2017 à 18H56, publié le 30/08/2017 à 10H31
Monica Sabolo

Monica Sabolo

© F.Mantovani

Vingt-quatre ans déjà que "Summer" a disparu un jour d'été, aux bords du lac Léman. Et Benjamin ne se remet pas de la disparition de sa soeur, jamais élucidée. Dissipera-t-il le mystère ? "Summer" (JC Lattès), de Monica Sabolo : un roman envoûtant où sont mis à jour, sous une plume musicale, les lourds secrets d'une bourgeoisie clinquante, et les mirages d'une jeunesse dorée.

Monica Sabolo est de retour avec son ensorcelant "Summer" (JC Lattès). Ensorcelant parce qu'un (mauvais) sort est jeté dès le début. "Summer" a disparu. "Summer", le nom de l'été en anglais, mais ici celui d'une jeune fille de 19 ans, ainsi prénommée par ses parents. Aux bords du lac Léman, en plein soleil, en plein midi, l'adolescente radieuse, la beauté blonde qui faisait tant rêver les garçons, a disparu en plein pique-nique. Mystérieusement, incompréhensiblement.

Son frère unique, Benjamin, ne s'en remet pas. Vingt-quatre ans plus tard, à l'approche de la quarantaine, il explique une nouvelle fois au psychologue (et au lecteur) cet effacement, cet anéantissement resté pour lui énigmatique, depuis un quart de siècle. Est-elle morte ? Est-elle vivante, alors que lui, son cadet, n'a jamais reçu d'elle aucun signe de vie ?

Un livre sombre et enchanté au pays des coffre-forts et des lacs profonds

De réminiscence en réminiscence, Benjamin va reconstituer son histoire, ou plutôt celle de sa famille, dans un quartier résidentiel de Genève. Le père, avocat, défend oligarques et évadés fiscaux. Femme trophée, la mère ne décide de rien. Et quelle est sa place à lui, Benjamin, dans cet univers familial toxique ? Comparé à la rayonnante Summer", il était l'enfant "dys", dysfonctionnant à tout point de vue. Il est devenu cet adulte toxicomane accroché au hashich et aux médicaments, hanté par ses cauchemars.

Avec Benjamin, le lecteur va découvrir peu à peu la vérité, et les tourments dissimulés d'une jeunesse dorée. L'écriture musicale de la romancière évoque à merveille un royaume du toc et du strass, où les sentiments sonnent faux. Si l'atmosphère est plus onirique que dans son précédent roman, "Crans-Montana", la veine est la même, qui retourne le couteau dans la plaie et sonde les violences que la richesse autorise. Qui ira fouiller plus qu'il n'est raisonnable les mystères des familles cossues ? Ou les motivations d'adolescents suicidaires ? Un livre sombre et enchanté au pays des coffre-forts et des lacs profonds, où reviennent, obsédants, quelques motifs déjà cachés dans la trame de "Crans-Montana", quand l'indicible remonte à la surface. Magnifique.

"Summer", de Monica Sabolo
(JC Lattès, 222 pages, 19 euros). Parution le 24 août

Extrait : "Classique ? Perdre sa soeur, dans un souffle ? Elle sourit, elle court, au milieu des herbes plus grandes qu'elles, et puis, c'est fini, elle n'est pas morte, ou peut-être, on ne sait pas, plus personne ne se pose la question, personne n'a métabolisé, c'est juste arrivé, ou peut-être était-ce un rêve, elle a simplement disparu, derrière un arbre, et puis, plus rien, pendant vingt-quatre ans et treize jours, quelque part, dans le vent, dans les arbres, dans l'eau. Ou ailleurs ?"