"Le dernier des nôtres" : de Dresde à New York, une chevauchée fantastique signée Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 26/08/2016 à 09H18, publié le 16/08/2016 à 08H42
Adélaïde de Clermont-Tonnerre

Adélaïde de Clermont-Tonnerre

© JF Paga

De l'enfer de Dresde, en 1945, au New York hippie de 1969, Adélaïde de Clermont-Tonnerre conte l'amour fou de deux enfants du XXe siècle. Rebecca, fille d'un riche homme d'affaires et d'une rescapée des camps de concentration, et Werner, né en Allemagne à la fin de la seconde guerre mondiale. Une passion insensée sur fond de suspense historique.

Février 1945 en Allemagne nazie. Dans Dresde réduite en cendres par les bombes incendiaires alliées,  les vagissements d'un nouveau-né retentissent à l'intérieur de la cathédrale transformée en mouroir. Une femme à l'agonie a eu le temps de mettre au monde Werner, "le dernier des nôtres". Et le bébé sera confié à sa belle-soeur Marthe, qui franchira avec lui l'Atlantique pour fuir l'Allemagne dévastée. Mais de quelle histoire Werner, adopté à trois ans par un couple paisible d'Américains, est-il l'héritier?

Quel sinistre souvenir le sémillant jeune homme a-t-il évoqué à l'ancienne déportée ?

La question ressurgira un quart de siècle plus tard. Dragueur invétéré et bâtisseur de gratte-ciel, Werner commence à faire fortune dans l'immobilier quand il croise Rebecca dans un restaurant chic new-yorkais. Coup de foudre réciproque, jusqu'au jour où Werner est invité chez sa belle à un repas de famille. A sa vue, la mère de Rebecca s'évanouit. Quel sinistre souvenir le sémillant jeune homme a-t-il évoqué à l'ancienne déportée ?

Certes, la ficelle manque de finesse et l'idylle entre la fille d'une rescapée des camps de concentration et le fils d'un Allemand tient du cliché un brin appuyé. Pourtant, le livre emporte comme une tornade le lecteur captivé par l'histoire à rebondissements de Werner et de sa famille. Pour reconquérir Rebecca, le jeune homme devra plonger dans sa mémoire, et ce passé qui ne passe pas.

Une folle cavalcade, à un rythme effréné

A quoi tient la virtuosité du récit ? A la construction impeccable en chapitres alternés,  entre le présent enchanteur du New York des swinging sixties où défilent Andy (Warhol), Joan (Baez), Patti (Smith) et Bob (Dylan), et le passé de cauchemar de l'Allemagne du IIIe Reich, qui sombre à Dresde dans l'apocalypse des bombardements alliés.

SI ce page turner manque de cette subtilité tendre et cynique qui faisait tout le charme du premier roman de l'auteur ("Fourrure"), l'intrigue tient du thriller et de la romance efficace. Et le roman est porté de bout en bout par la plume vive et enjôleuse d'une normalienne qui dirige - faux paradoxe-  la rédaction de "Point de vue, l'actualité du gotha" (on se disait aussi, cet usage si savamment dosé du "name dropping" new-yorkais ...). Sur cinq cents pages, "Le dernier des nôtres" emmène dans une folle cavalcade un lecteur qui ne boude pas son plaisir.

"Le dernier des nôtres", Adélaïde de Clermont-Tonnerre
(Grasset, 496 pages, 22 euros, à paraître le 17 août)

Extrait :
"Le médecin avait formulé clairement sa demande, effrayé de s'entendre proférer de telles paroles :
"Mettez-leur une balle dans la tête. Tous ceux que vous enverrai, ils sont condamnés."
Le militaire l'avait fixé droit dans les yeux et, sans le juger, avec ce calme absolu et désespéré que Victor Kemp n'oublierait jamais, l'homme avait répondu :
"Nous n'avons pas assez de balles, docteur, pour avoir pitié".