"L'absente" de Lionel Duroy : réconciliation avec la mère, à titre posthume

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 06/09/2016 à 09H41, publié le 30/08/2016 à 11H30
L'écrivain Lionel Duroy

L'écrivain Lionel Duroy

© Hannah Assouline

Augustin, le héros du livre ? Inutile de le présenter aux lecteurs de Lionel Duroy puisque c'est son héros récurrent. Dans "L'absente", il tente (enfin ?) de comprendre sa mère, dépeinte dans ses précédents romans en Gorgone terrifiante.

Revoilà Augustin ! Le héros récurrent des livres de Lionel Duroy entame un nouveau chapitre de son existence. Même s'il jette un voile pudique sur son âge, on le sait sexagénaire (comme l'auteur dont il est le double de papier) au coeur fragile. Sa compagne, et mère de ses derniers enfants, Esther, l'a quitté. Il noie son chagrin en errant à travers la France, de Bretagne à Verdun, et de Moulins à Bordeaux. Comme d'habitude à la recherche de lui même. Ou plutôt - et il s'en rend compte chemin faisant -sur les traces de la grande "absente"  : sa mère.

Une mère dont les cris le hantaient

Car l'a-t-il vraiment comprise, cette mère "absente" et pourtant omniprésente dans tous ses livres ? A commencer par "Le Chagrin", ce roman fleuve autobiographique où il décrivait une enfance de déménagement à la cloche de bois et une fratrie prolifique. Le père était poursuivi par les huissiers. La mère, Suzanne, hurlait son désespoir, son déclassement, et menaçait constamment de se suicider.

Elle effrayait le narrateur, et ses cris le hantaient, exprimant  "une douleur terrifiante qui éveillait sa curiosité tout en le faisant trembler de peur". Et s'il essayait enfin de savoir la vérité sur cette mère haïe et mythifiée, désormais dans la tombe? De la faire tomber de son piédestal de divinité primitive pour lui rendre sa dimension d'être humain ? Son périple va le mener jusqu'à Bordeaux sur les traces de cette "absente" dont chaque abandon - ici celui de sa dernière compagne -  réactive le souvenir. 

Une fois de plus, l'écrivain emporte le morceau
 
Le souffle est moins épique que dans "Le Chagrin", la plume moins lyrique que dans "Échapper", le précédent roman de Lionel Duroy ? Ses lecteurs éprouveront néanmoins le plaisir de cette plume reconnaissable, avec ces phrases torrentueuses d'écorché vif et ce flot qui charrie d'un même élan les souvenirs d'une maison, d'un paysage, d'un ancrage et les amours passées.  

Et puis, le charme opère car le narrateur, écrivain et ancien journaliste comme l'auteur, va dénicher un secret enfoui dans la vie amoureuse de sa mère. Fouillée, tenace, son enquête dévoile une face inconnue de "l'absente", qui va amener son fils à revoir son récit fondateur . Une fois de plus, Lionel Duroy emporte le morceau, en soldant ses comptes avec la figure maternelle. Et en dépassant cette malédiction première : arriver "innocents et confiants sur la Terre et (...) être (...) sanctifiés ou condamnés par sa propre mère avant même d'avoir pu envisager ce qu'on allait faire de notre vie". Très juste, Auguste.

L'absente, de Lionel Duroy
(Julliard - 360 pages - 20 euros)

Extrait : "Il a toujours su qu'il tenait le livre quand il en découvrait la première phrase, comme si les milliers de mots à venir se pressaient en elle. Mais quelle phrase pourrait contenir le mystère de la mère ? C'est à cela qu'il songe, inquiet déjà de ne pas trouver".