Goncourt : Leïla Slimani et Catherine Cusset en pole position

Par @Culturebox
Mis à jour le 31/10/2016 à 12H39, publié le 31/10/2016 à 10H46
Leila Slimani, et Catherine Cusset

Leila Slimani, et Catherine Cusset

© JOEL SAGET / AFP

Deux romancières publiées chez Gallimard, Leïla Slimani et Catherine Cusset, sont en pole position pour remporter jeudi le prix Goncourt, le plus prestigieux des prix littéraires du monde francophone. Ce pronostic, forcément hasardeux, est celui de 14 critiques littéraires contactés par le magazine spécialisé Livres Hebdo. Verdict jeudi aux alentours de 13 heures.

A la question "qui aura le Goncourt?", six ont répondu Leïla Slimani, quatre Catherine Cusset, deux Gaël Faye et un Régis Jauffret. Une critique a préféré s'abstenir. Leïla Slimani, Catherine Cusset, Gaël Faye et Régis Jauffret sont les quatre finalistes du Goncourt. Deux d'entre eux, Slimani et Jauffret, sont également en lice pour le Renaudot, prix concurrent du Goncourt, qui sera également attribué jeudi, au même moment et au même endroit que le plus convoité des prix littéraires.
 
Le verdict, souvent à l'opposé des prévisions, tombera vers 13H00 au premier étage du restaurant parisien Le Drouant, antre des dix membres du jury présidé par Bernard Pivot. Comme d'habitude, rien n'a filtré des délibérations. Les Goncourt comptent cette année deux nouveaux membres: Virginie Despentes et Eric-Emmanuel Schmitt.
 
Il y a cependant une certitude. C'est "Galligrasseuil" (mot-valise pour désigner les maisons d'édition Gallimard, Grasset et Seuil) qui remportera la mise. Les quatre finalistes sont édités dans une de ces trois maisons. Gallimard n'a pas remporté le prix depuis 2011 et Grasset est absent du palmarès depuis 2005. Le Seuil a remporté le Goncourt pour la dernière fois en 2014.
Minuit et L'Olivier qui pouvaient légitimement espérer le prix cette année avec respectivement Laurent Mauvignier ("Continuer") et Jean-Paul Dubois ("La succession") ont vu leur poulain impitoyablement éliminé des sélections.

Quatre femmes lauréates en 20 ans 

Reste donc deux femmes et deux hommes dont le primo-romancier, Gaël Faye, 34 ans, incontestable révélation de la rentrée littéraire avec "Petit pays" (Grasset), un livre déjà récompensé par le prix du roman Fnac et qui cartonne en librairie. Lui donner le prix "serait un retour au testament des Goncourt qui souhaitaient encourager un jeune talent", affirme Catherine Fruchon-Toussaint, journaliste littéraire de RFI sollicitée par Livres Hebdo.
 
L'autre homme en lice est Régis Jauffret, 61 ans, l'aîné de la bande, qui a déjà derrière lui une oeuvre considérable. "Cannibales" (Seuil) est un livre "à s'en lécher les babines", a estimé Bernard Pivot dans une de ses chroniques littéraires du JDD. Porté par une écriture très XVIIIe siècle, sa force et sa faiblesse, "Cannibales", recueil de correspondance entre deux femmes machiavéliques discutant sur le meilleur moyen d'en finir avec un homme est délicieusement amoral. 
 
Amoral au point de coiffer sur le poteau les deux favorites? Pourquoi pas? le Goncourt aime surprendre. Chouchou des critiques, Leïla Slimani "offre un profil idéal: femme, jeune, talentueuse, médiatique" pour être la lauréate du prix cette année, estime le chroniqueur littéraire de RTL, Bernard Lehut, également contacté par Livres Hebdo.
 
"Chanson douce", histoire atroce et extrêmement bien construite, raconte l'assassinat de deux jeunes enfants par leur nourrice. C'est d'ores et déjà un succès de librairie. Deuxième roman seulement de l'écrivain, née au Maroc il y 35 ans, il se dévore comme un thriller mais peut aussi se lire comme un livre implacable sur les rapports de domination et la misère sociale. En accordant son prix à Leïla Slimani, le jury du Goncourt ferait d'une pierre deux coups, fait remarquer Bernard Lehut: "littérairement respectable et commercialement efficace".
 
L'autre femme en lice c'est Catherine Cusset, 53 ans, qui avec "L'autre qu'on adorait" offre, selon le patron de Lire, Julien Bisson, "une oeuvre à la fois littéraire et populaire". Hommage à son ami Thomas Bulot qui s'est suicidé un jour d'avril 2008 à 39 ans, ce livre n'est pas une fiction mais est "brillant, nourri de lectures proustiennes" pour la critique de Libération, Claire Devarrieux.
 
Reste à récompenser une femme. En 20 ans, le Goncourt n'a récompensé que quatre romancières. Ce prix reste une aubaine pour les éditeurs: en moyenne, il dépasse les 345.000 exemplaires.