Evelyne Dress sur "Les Chemins de Garwolin", entre atavisme et métaphysique

Par @Culturebox Journaliste, responsable de la rubrique Cinéma de Culturebox
Mis à jour le 05/11/2016 à 17H31, publié le 01/11/2016 à 16H49
Evelyne Dress (2016)

Evelyne Dress (2016)

© Jean-Philippe Baltel

Actrice, réalisatrice, productrice, écrivaine, Evelyne Dress a plus d’une corde à son arc dont elle joue avec passion et enthousiasme. Pour preuve, son cinquième roman, "Les Chemins de Garwolin" aux Editions Glyphe, où s’entremêlent autobiographie, fantastique et amour, avec un sens du romanesque où se jouent quête des origines et spiritualité dans une alchimie ludique.

Récit picaresque

Brisée par le décès de son père qui l’a élevée avec sa grand-mère Bobé en l’absence d’une mère qui a quitté le foyer peu après sa naissance, Sylvia Gutmanster prend conscience de ne rien savoir de ses origines. Marquée par le sceau de son atavisme juif, dont elle aime les rituels sans pour autant pratiquer, elle décide de se rendre en Pologne dans le village de Garwolin, dont est issue sa famille. À force de déterrer le passé, Sylvia va à la rencontre des fantômes de l’Histoire, d’elle-même, et, peut-être de l’amour.
"Les Chemins de Garwolin" : 1re de couverture (Editions Glyphe)

"Les Chemins de Garwolin" : 1re de couverture (Editions Glyphe)

© Editions Glyphe

"Les Chemins de Garwolin" prend la tournure d’une confession où Evelyne Dress va à la recherche d’elle-même. Cette quête se découvre au fil d’une trame romanesque qui semble s’écrire en toute indépendance, avec ses propres règles qui s’imposent à l’auteure. Ainsi la forme picaresque du récit, Sylvia ne cessant de voyager, en train, à vélo, à pied, en avion, de Paris à Varsovie, dans la campagne polonaise, à Bruxelles… La multiplicité des lieux va de pair avec celle des rencontres diverses et variées qui vont l’extraire d’une extrême solitude jusqu’à croiser, peut-être, l’âme sœur.

Leçon de vie

Chaque rencontre est un pas en direction de révélations successives qui ne seront pas forcément celles auxquelles elle s’attendait, allant même à l’opposé de ses convictions profondes, ou considérées comme acquises, intériorisées de longue date. Aussi, Sylvia va-t-elle vivre dans sa chair et son esprit la différence existant entre origines et atavisme, avec pour conviction, au final, la prépondérance du second sur les premières. L’apprentissage d’une leçon existentielle, vers laquelle elle tend depuis l’impulse qui la guide à Garwolin.

La diversité des déplacements, des lieux et des rencontres se prolonge dans les caprices du temps. Quand Sylvia visite le château de Garwolin, où elle fait revivre ses habitants, jusqu’à la visite d’Hitler et de Staline sous les ors de la demeure seigneuriale, alors qu’elle n’est que ruine. À Auschwitz, lors de sa visite du camp, où elle visualise les tourments et horreurs subis par ses ancêtres. De nombreuses références littéraires traversent le roman : au "Dibbouk", la pièce de Shalom Anski, au "Prophète" de Khalil Gibran, à l’Ancien Testament, même à "Harry Potter", bien que moins heureuse, là où l’on aurait préféré voir évoquer Hoffmann, plus proche des fantômes de Garwolin que des sorciers de Poudlard.

On pense aussi à "Abattoir 5", roman de science-fiction de Kurt Vonnegut Jr., dans les nombreux sauts spatiaux-temporels qu’effectue Sylvia comme autant d’étapes initiatiques. Evelyne Dress joue au premier sens du terme de ces multiples pièces d’un puzzle où chaque cellule recoupe un vaste tableau, où la personne se fond dans un cosmos à son image, où microcosme et macrocosme ne font qu’un. Ce qui pourrait paraître comme une faiblesse naïve de l’écriture, s’avère la fraîcheur communicative de sentiments universels.

Les Chemins de Garwolin
Evelyne Dress
Editions Glyphe
275 pages