Avec "Laëtitia" d'Ivan Jablonka, le Prix Médicis 2016 récompense "l'inattendu"

Par @Culturebox
Mis à jour le 02/11/2016 à 19H56, publié le 02/11/2016 à 16H02
Ivan Jablonka peu après l'annonce de l'attribution du prix Médicis 2016 à son livre "Laëtitia ou la fin des hommes" le 2 novembre 2016.

Ivan Jablonka peu après l'annonce de l'attribution du prix Médicis 2016 à son livre "Laëtitia ou la fin des hommes" le 2 novembre 2016.

© PATRICK KOVARIK / AFP

Le jury du prix Medicis a choisi "l'inattendu" en attribuant mercredi 2 novembre son prix au livre d'Ivan Jablonka, "Laëtitia ou la fin des hommes" (Seuil), une oeuvre qui n'est pas un roman mais qui rappelle "ce qu'on peut faire avec la littérature face à la cruauté du réel".

"J'ai une pensée pour Laëtitia, pour sa soeur Jessica et pour tous leurs proches", a commenté l'écrivain Ivan Jablonka ce mercredi 12 novembre en saluant un "extraordinaire honneur". Il s'agit de Laëtitia Perrais, 18 ans, violée et assassinée en janvier 2011 près de Pornic, dont le livre de Jablonka retrace l'histoire tragique."Je crois que les sciences humaines font du bien à la littérature, et la littérature fait du bien aux sciences humaines", a-t-il souligné.

Un palmarès qui ne récompense "ni un roman, ni un essai"

Le nom du nouveau lauréat du Medicis avait été cité dans les premières sélections du Goncourt et du Renaudot. Ce récit, salué presque unanimement par la critique, avait déjà remporté le prix littéraire du journal Le Monde et le prix Transfuge du meilleur essai. Il a reçu 5 voix au premier tour de scrutin contre 3 en faveur de Nathacha Appanah ("Tropique de la violence", Gallimard). 

"Ce n'était pas un choix facile", a admis Alain Veinstein, président du jury Medicis, qui a insisté sur le côté "inattendu" du palmarès qui ne récompense "ni un roman, ni un essai". Le livre "rappelle ce qu'on peut faire avec la littérature face à la cruauté du réel". De fait, les délibérations entre les huit membres du jury présents ont été "assez vives" et "passionnées", a reconnu Frédéric Mitterrand, membre du jury. C'est un livre qui "bouscule le genre littéraire", a ajouté l'ancien ministre de la Culture. "Le prix Médicis cherche toujours des voix fortes, différentes, originales, intrigantes. Avec ce texte-là, l'objectif est rempli", a-t-il estimé. 

Portrait sensible de Laëtitia Perrais, l'ouvrage dresse également une  radiographie sans complaisance de la France du début du XXIe siècle. En sociologue, Ivan Jablonka, 43 ans, s'interroge sur "l'énorme misère que notre société produit". Le fait divers est traité comme un objet d'histoire. Professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris XIII, chercheur en  sciences sociales, Ivan Jablonka n'est jamais jargonnant. D'une infinie rigueur, son livre est également d'une qualité littéraire exceptionnelle. L'avocate de Laëtitia, Cécile de Oliveira, très présente dans le livre, a accueilli avec "une très grande joie" ce prix et a salué "le travail de réparation esthétique de la mémoire de Laëtitia" réalisé par l'auteur.

Le Seuil rafle deux des trois récompenses du Médicis 

Les six autres titres en lice pour le prix étaient tous des romans. Le Medicis étranger a été attribué à l'écrivain suédois Steve Sem-Sandberg pour "Les élus" (Robert Laffont) et le Medicis essai est allé à Jacques Henric pour "Boxe" (Seuil). "Les élus" a pour cadre un centre pour enfants handicapés ou délinquants à Vienne au début de la Seconde guerre mondiale. L'essai de Jacques Henric (également en lice pour le prix Décembre) dresse les portraits de grands pugilistes comme Georges Carpentier, Marcel Cerdan, Mohamed Ali ou Mike Tyson. 

Du côté des éditeurs, Olivier Bétourné, patron du Seuil, a réussi l'exploit de placer deux de ses livres dans le palmarès du Medicis. Cela obère-t-il les chances que l'auteur maison Régis Jauffret puisse remporter le Goncourt ou le  Renaudot, deux récompenses remises jeudi ? "Mais pas du tout, au contraire",  répond-il en riant à l'AFP.