"Juliette dans son bain" ou les mystères d'une fortune : un roman-polar de Metin Arditi

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 29/12/2014 à 12H05, publié le 29/12/2014 à 10H40
Le romancier Metin Arditi

Le romancier Metin Arditi

© JF PAGA pour les éditions Grasset

Qui est Ronald Kandiotis ? Un magnat dont la fille Lara vient de se faire enlever. Que réclament les mystérieux ravisseurs, sous le pseudo "Association des Victimes" ? La publication de dix communiqués. Chacun révèlera une turpitude du millionnaire. Construit comme un polar, ce roman se lit d'une traite.

Le livre ne se lâche pas. La première scène ? Un homme à bout de souffle et à l'immense fortune est interviewé au journal de 20 heures. Il vient de faire don à un musée français de deux œuvres jumelles : deux tableaux représentant "Juliette dans son bain". Une même femme, peinte par Braque et par Picasso.

D'où vient la fortune de Ronald Kandiotis, qui a débuté dans le commerce des noisettes ? Quels secrets cache, sous ce nom grec, ce Français qui "incarne l'Autre" ? Pourquoi a-t-il si bien réussi dans l'immobilier ?

Victime ou coupable ? Génie ou filou ?

Ses secrets seront dévoilés un à un, le long du livre, par les communiqué du ou des ravisseurs de sa fille Lara, 17 ans, enlevée dans le XVIe arrondissement. C'est ce qu'ils ont exigé : le dévoilement progressif de la vérité, ou, plus précisément, de leur vérité, publié, au frais du père richissime, dans les journaux français.

Le lecteur avance dans la connaissance de ce millionnaire mal connu, qui fuit les médias, à la notable exception du 20 heures signalé plus haut. Sentant l'odeur du sang, la presse s'interroge. Victime ou coupable, ce Kandiotis ? Génie ou filou ? Et le livre progresse, sur le fil du rasoir, avec retournement possible à tout instant.

Méchant idéal ou mécène pudique ?

Car Kandiotis incarne à la perfection une nouvelle fortune, édifiée à partir de coups intelligents joués au bon moment, sans usines, quasiment sans employés, entre franchises dans l'alimentaires et spéculation immobilière. Rien qui ne se voit. Cet homme est-il un méchant idéal, totalement cynique ? Ou/et un mécène pudique au cœur plus grand qu'on ne le pense? Comment trancher ? L'inspectrice de police chargée de l'enquête, Marie, sait qu'elle doit percer à jour Kandiotis pour retrouver Lara et ses ravisseurs. Agissent-ils par dépit, envie, colère ? Motivation politique ou vengeance privée ?

Une fois entamé, le roman, efficace, ne se referme, trois cent cinquante pages plus tard, que l'énigme élucidée. Que reprocher à l'écrivain suisse Metin Arditi ? Sans doute de n'avoir pas poussé plus loin la peinture d'un héros qui lui emprunte plus d'un trait, des origines turques à l'enfance en internat, de la vivacité d'esprit aux affinités artistiques.

Juliette dans son bain Metin Arditi (Grasset - 384 pages - 20 Euros) - en librairie le 2 janvier 2015