"Le beau temps", un bel hommage à Maurice Jaubert, pionnier de la musique de films

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 01/09/2015 à 10H43, publié le 20/08/2015 à 10H09
La romancière Maryline Desbiolles

La romancière Maryline Desbiolles

© Hermance Triay

Qui se souvient de Maurice Jaubert ? L'écrivain Maryline Desbiolles, qui consacre une biographie romancée en "trois mouvements" à ce compositeur de musique de cinéma, né en 1900 et mort en 1940 sur le champ de bataille. Une vie brève et talentueuse.

Qui était Maurice Jaubert  (1900 - 1940) ? Un des inventeurs de la musique de cinéma, qui travailla pour les plus grands réalisateurs des années 30. Les noms parlent d'eux-mêmes : il composa pour le Jean Vigo de "L'Atalante" (1934), le Julien Duvivier d' "Un Carnet de bal" (1937), ou le Marcel Carné de "Drôle de Drame" (1937).

Enfance joyeuse et lumière du Midi

Comment et pourquoi ce musicien, issu d'un milieu catholique plutôt conservateur et destiné à des études de droit -il devint d'ailleurs avocat- bascula-t-il du côté d'artistes novateurs comme le cinéaste Jean Vigo (1905-1934), qui ne sera pleinement reconnu que deux à trois décennies plus tard par les jeunes loups de la Nouvelle Vague François Truffaut et Jean-Luc Godard ?

Un mystère que Maryline Desbiolles tente d'éclaircir, en petites touches impressionnistes. Elle dépeint la famille Jaubert comme traditionnelle, mais résolument aimante, et vivant dans le culte absolu de la musique. Elle décrit l'enfance joyeuse de Maurice, la lumière du Midi dans lequel ce natif de Nice baigna toute sa jeunesse, et le bonheur, par la suite, de fréquentations fécondes (du musicien Ravel à l'écrivain Jean Giono). Elle raconte enfin l'effervescence et la soif de vivre des années folles après le carnage de la guerre de 14-18.

L'influence du jazz et de L'Opéra de quat'sous

Maurice laisse rapidement tomber le droit pour se consacrer à la composition. Dans le bouillonnement artistique des années 20 et 30, il tombe sous le charme du jazz tout juste arrivé d'Amérique, et des chants rauques de "L'Opéra de quat'sous" de Kurt Weill, qui a fui l'Allemagne nazie. Autant de sons nouveaux qui le confortent dans sa voie et guident son écriture de musique de films. Les oeuvres de Maurice Jaubert, souligne la romancière, tirent, elles aussi, leur force de l'absence de pathos, d'une sobriété sans effets surlignés. Une musique raffinée pour le plus grand nombre où s'affirment "rejet de tout pédantisme, simplification, impersonnalité, lyrisme du quotidien".

Si Maurice Jaubert s'égare parfois -il faut bien vivre- du côté de "tinorossinades" qu'il vaut mieux oublier,  il crée en même temps, pour le dramaturge Jean Giraudoux, l'air lancinant et si souvent repris de "La Chanson de Tessa" ("Si je meurs, les oiseaux ne se tairont qu'un soir..."). Avant de conclure sur l'élitiste "Saisir", "chant pour soprano, harpe, piano et orchestre à cordes" composé sur "Cinq poèmes de Supervielle". Cet ultime morceau sera le testament musical de celui qui meurt peu après en Lorraine, blessé par un éclat d'obus dès le début de la Seconde guerre mondiale.

"Le beau temps" projette une jolie lumière sur les années si fertiles de l'entre-deux guerres, et rend justice à un musicien subtil, pionnier d'un art neuf.

Le beau temps, de Maryline Desbiolles
(Seuil, 17,50 euros, 240 pages)