589 romans dans la rentrée littéraire de l'automne 2015 : repérages

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 01/09/2015 à 11H05, publié le 25/06/2015 à 16H49
Christine Angot en dédicace à chateauroux, sa ville natale. C'est là que se déroule son prochain roman "Un amour impossible" (Flammarion)

Christine Angot en dédicace à chateauroux, sa ville natale. C'est là que se déroule son prochain roman "Un amour impossible" (Flammarion)

© PHOTOPQR/LA NOUVELLE REPUBLIQUE

Copieuse, la rentrée littéraire de septembre 2015, mais moins que l'an dernier : 589 romans annonce Livres Hebdo, contre 607 en 2014. En attendant d'entrer dans le vif des lectures, voilà ce qu'un premier débroussaillage annonce du cru 2015.

Une production resserrée (589 contre 607 l'an dernier) selon les données établies par Livre Hebdo avec la base Electre. 393 romans français dont 68 premiers romans, et 196 romans étrangers.

Christine Angot et sa mère

Du côté de ceux qui suscitent une réaction quoi qu'il arrive, on a eu Houellebecq en hiver, on aura Christine Angot en automne. La romancière revient le 19 août avec "Un amour impossible" (Flammarion). Elle y raconte l'amour (impossible, donc) de ses parents, Pierre et Rachel, dans le Châteauroux des années 1950. Christine Angot parle toujours de sa vie, de l’inceste, mais centre son roman sur sa mère, mettant à nu leur relation, explique Livres hebdo sur son site internet.

Pour le reste, pas de livre sulfureux annoncé. La rentrée française s'annonce classique et sage, avec des valeurs sûres, mais pas de mastodontes (mais on n'est pas à l'abri des surprises. L'an dernier, la rentrée avait été bousculée par la publication surprise de "Merci pour ce moment", le livre de confidences de l'ex-première dame…).

Comme à chaque rentrée, Amélie Nothomb est présente à l'appel, avec un roman court et non-autobiographique. "Le crime du conte de Neuville" (Albin Michel – 20 août) met en scène un château, un châtelain, sa femme, son fils et ses deux filles. La facétieuse romancière y mêle la tragédie grecque et les contes pour enfants dans un récit court et d'apparence légère, dans les milieux aristocratiques belges… Yasmina Khadra publie le 20 août aux éditions Julliard "La dernière nuit du Raïs", une plongée vertigineuse", annonce l'éditeur, dans la tête d'un tyran sanguinaire et mégalomane.

Au programme de cette rentrée également, Mathias Enard, "Boussole" (Actes Sud - 19 août), un roman sur les influences de la culture orientale sur l'Occident. Bernard Chambaz, "Vladimir Vladimirovitch" (Flammarion – 19 août), un roman autour de la figure de Poutine. Avec "Juste avant l'oubli" (Flammarion – 19 août) Alice Zeniter l'auteur de "Sombre dimanche", livre cette fois un quasi roman noir dont l'action se déroule sur les traces d'un auteur de polar disparu brutalement sur une île perdue.

Simon Liberati sonde Eva Ionesco

On retrouve aussi les journalistes écrivains Jean Hatzfeld et Sorj Chalandon. Le premier revient sur les collines de Nyamata, vingt ans après le génocide au Rwanda. Il donne cette fois la parole aux enfants des tueurs et des rescapés. "Un papa de sang" (Gallimard – 27 août) est son cinquième livre écrit à Nyamata. Et c'est aussi d'un père (le sien?) que parle Sorj Chalandon dans "Profession du père" (Grasset - 19 août).

Simon Liberati s'attaque à un portrait d'Eva Ionesco, fille de la photographe Irina Ionesco, qui l'utilisait comme modèle, nue parfois, pendant son enfance. Eva, qui est aussi la femme de l'écrivain dans la vraie vie. Alain Mabanckou revient avec un roman, "Petit piment" (Seuil – 20 août), l'histoire d'un jeune orphelin de Pointe-Noire. Plus trash, "Crash test" (Actes Sud 19 août) de Claro trois personnages en quête d'un point de rupture…

Sur un mode engagé mais léger (sa marque de fabrique), Gérard Mordillat signe "La brigade du rire" (Albin Michel – 20 août). L'auteur de "Vive la sociale" imagine une bande de samouraïs modernes kidnappant l'éditorialiste vedette d'un journal conservateur. Delphine de Vigan, l'auteur de "Rien ne s’oppose à la nuit" (2011) (Prix Fnac, Grand prix des lectrices de Elle et Prix Renaudot des lycéens, revient avec "D'après une histoire vraie" (JC Lattès – 26 août), le récit de sa rencontre avec une femme manipulatrice qui l'a harcelée pendant trois ans.

"Burn-out", le premier roman des Kids

Goncourt des lycéens 2011 avec "Du domaine des Murmures", Carole Martinez revient avec "La Terre qui penche" (Gallimard – 20 août), un roman sur Blanche, une enfant morte en 1361 à l'âge de douze ans, qui partage sa tombe avec sa vieille âme. La romancière fait alterner les récits de l'une et de l'autre.

Dans "Victor Hugo vient de mourir" Judith Perrignon raconte la mort et l'effervescence qui entoure les funérailles d’État du grand écrivain. (L'Iconoclaste – 26 août). Mathieu Larnaudie "Notre désir est sans remède" (Actes Sud – 19 août), une biographie de l'actrice américaine Frances Farmer (1913-1970), l'itinéraire d'une actrice qui, après un débuts prometteurs, mais parce qu'elle est indocile, est mise au ban de la société hollywodienne d'abord, puis de la société tout court, avant d'être internée pendant 10 ans dans les hôpitaux psychiatriques.

Attendu aussi pour la rentrée le premier roman à quatre mains des Kids du Bondy blog. Badroudine Abdallah et Mehdi Meklat publient "Burn-out" (Seuil – 17 septembre) qui revient sur le geste de Djamal, un Algérien qui s'était immolé par le feu devant une agence de Pôle Emploi en 2013 à Nantes (Gallimard – 20 août).

Une "fiction numérique" au programme

A noter également au programme de septembre pour les romans français : Jeanne Benameur "Otages intimes" (Actes Sud -19 août), Nathalie Cote "Les renversement des pôles" (Flammarion – 19 août), Félicité Herzog "Gratis" (Gallimard 20 août) Tristan Garcia "7" (Gallimard – 20 août), Charles Dantzig "Histoire de l'amour et de la haine" (Grasset – 19 août), Amanda Sthers "Les promesses" (Grasset – 26 août), Yves Ravey "Sans états d'âme" (Minuit – 3 septembre), Anne-Marie Garat  "La source" (Actes Sud – 19 août), Christian Oster "Le cœur du problème" (L'Olivier – 20 août), Erik Faye "Il faut tenter de vivre" (Stock – 19 août), Emilie Frêche "Un homme dangereux" (Stock – 19 août), Brigitte Giraud "Nous serons des héros"  (Stock – 19 août), Jérôme Leroy "Jugan" (La table ronde – 3 septembre), Thomas B. Reverdy "Il était une île" (Flammarion 19 août), Colombe Schneck "Sœurs de miséricorde" (Stock – 19 août), Hubert Haddad avec deux romans "Corps désirable" et "Mâ" (Zulma – 20 août et 3 septembre) ou Gérard Lefort "Les amygdales" (L'Olivier - 20 août).

Enfin dans la rentrée française on peut noter la "publication" d'une "fiction numérique", de Chloé Delaume et Franck Dion. Ce roman numérique d'anticipation "Alienare" dure 48 heures et raconte les aventures d'un groupe du même nom chargé de détruire l'unité centrale d'une société assujettie à la domination scientifique. C'est la seconde œuvre numérique que les éditions du Seuil publient après "Ah.", d'Emma Reel en janvier 2012. "Alienare" est concue pour les Iphones et Ipad, avec comme contenus une centaine de feuillets de textes et 146 vidéos, illustrés par des bandes-son originales.

Romans étrangers en grandes pointures

Au programme des romans étrangers de la rentrée, quelques réjouissances en perspectives avec notamment "Délivrances" un nouveau roman (le 11e) de Toni Morrison (Christian Bourgois – 20 août). La grande romancière américaine y raconte la vie d'une enfant maltraitée, fille de "mulâtres au teint blond" elle a la peau très noire et pour cette raison "dégoûte sa mère.

Calmann-Lévy publie "La zone d'intérêt" de Martin Amis, livre qui a fait polémique à sa sortie en Grande-Bretagne et que Gallimard, son éditeur habituel en France, a refusé de publier. Martin Amis y aborde la Shoah en mettant en scène dans un camp de concentration le commandant, sa femme et un juif déporté qui dirige le Sonderkommando.

Retour également de Richard Ford, avec "En toute franchise" (L'Olivier – 17 septembre), où l'on retrouve le héros récurent du romancier, Franck Bascombe, qui coule une retraite paisible dans le New Jersey, jusqu'au jour où l'ouragan Sandy vient troubler sa quiétude. En toile de fonds l'Amérique, les élections, et la crise économique.

Avec "Pêchés capitaux" (Flammarion – 2 septembre) Jim Harrison "joue ouvertement avec les codes du roman noir et dresse un portrait grinçant de l’Amérique profonde gangrenée par la violence, où le sexe est plus jouissif et envahissant que jamais", annonce l'éditeur.

Jon Kalman Stefansson "D'ailleurs les poissons n'ont pas de pieds" (Gallimard – 20 août). L'auteur de la trilogie "Entre ciel et terre" y raconte la vie d'Ari, éditeur à Copenhague, qui décide de rentrer en Islande après avoir reçu un colis de souvenirs familiaux dont il dresse l'inventaire. Manière de dessiner une saga familiale, de la rude vie de ses grands-parents Oddur, capitaine de pêche, et Margret dans les fjords de l'Est, en passant par son enfance à la fin des années 1970 à Keflavik, ancien port de pêche sinistré jusqu'à sa vie d'aujourd'hui.

On retrouvera aussi avec bonheur dans cette rentrée David Grossman avec "Un cheval entre dans un bar" (Seuil – 20 août). L'auteur de "Une femme fuyant l'annonce" y met en scène deux personnages, un comique sur scène, et un spectateur qui l'a connu dans le passé. Le spectacle prend une tournure étrange…

Le chef d'oeuvre de David Foster Wallace enfin traduit

Un événement également dans cette rentée de septembre 2015, le roman culte et fleuve (1488 pages) de David Foster Wallace "L'infinie comédie" (L'Olivier – 20 août), pour la première fois traduit en France. Paraîtra en même temps aux éditions Au Diable Vauvert "C'est de l'eau", un discours prononcé par le romancier devant des étudiants en 2005. "The End of the Tour" sortira aux Etats-Unis cet été. Le film raconte 5 jours durant lesquels le journaliste David Lipsky a interviewé David Foster Wallace, qui venait de publier "L'infinie comédie".

Le romancier suisse Martin Suter publie "Montecristo", un thriller construit en forme de poupée russe autour d'un personnage de reporter enquêtant sur une affaire de faux billets qui cache un scandale bien plus énorme menaçant la sécurité bancaire suisse. Retour également de Hening Mankell avec "Sable mouvant", le journal de bord de sa maladie (Le romancier suédois a eu un cancer dont il est aujourd'hui guéri).

A noter également la publication de "Ce qui ne me tue pas" (Actes Sud – 19 août), la suite de Millenium, une suite écrite par David Lagercrantz contre l'avis de la compagne de Stieg Larsson, l'auteur des 3 premiers tomes. Un roman de Sibylle Berg également est attendu aux éditions Actes Sud le 2 septembre. "Merci bien pour la vie" est le récit de la vie de Jojo, un orphelin au sexe indéfini. "Six jours" (Fayard), de Ryan Gatis est une plongée dans Los Angeles assiégée.

Dinaw Mengestu "Tous nos noms" (Albin Michel – 20 août). L'histoire d'Isaac, étudiant africain exilé dans l'Amérique post-raciale des années 70. Paolo di Paolo "Où étiez-vous tous" (Belfond – 3 septembre) dresse une radiographie de l'ère berlusconienne. Et Marisha Pessl "Intérieur nuit" (Gallimard – 20 août)), donne un thriller où le lecteur est transformé en enquêteur. Enfin "Funny girl" (Stock - 19 août) de l'Anglais Nick Hornby raconte la vie de l'équipe d'un feuilleton de la BBC.