Le règne du vivant : plaidoyer écologiste signé Alice Ferney

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 24/08/2014 à 15H29, publié le 23/08/2014 à 10H20
"Le règne du vivant", d'Alice Ferney, dresse le portrait d'un militant écologiste qui défend les grands animaux marins contre son pire prédateur, l'homme.

"Le règne du vivant", d'Alice Ferney, dresse le portrait d'un militant écologiste qui défend les grands animaux marins contre son pire prédateur, l'homme.

© AFP PHOTO / TOBIAS BERNHARD RAFF / BIOSPHOTO

Alice Ferney nous avait laissés éblouis et orphelins avec son dernier roman, "Cherchez la femme", une saga familiale. Changement de registre en cette rentrée : "Le règne du vivant" retrace l'épopée d'un héros écologiste, Magnus Wallace. Portrait d'un intraitable défenseur des grands animaux marins face à son pire prédateur, l'homme. Militant et convaincant.

Contre les pêcheurs de baleine, il est seul. Ou presque : avec une poignée de militants et une caméra, l'intransigeant Magnus Wallace défie les lois internationales pour éperonner ces chasseurs dont le commerce figure parmi les plus lucratifs au monde, 
 
Le roman d'Alice Ferney relate une expédition en Antarctique de ce héros des temps modernes. Le narrateur, un journaliste norvégien, accompagne Wallace sur le bateau, avec quelques autres activistes de "Gaïa". Une association sans collecteur de fonds, ni compromission avec le "greenwashing".

Et le journaliste "consigne" comment Wallace,  au péril de sa vie, au mépris des dangers, s'interpose entre les animaux marins menacés et "les pirates, les tueurs" qui rejettent vivants "les requins mutilés, les tortues asphyxiées par les filets, les oiseaux aux ailes brisées".

Un dissident qui a "cessé de respecter la propriété plutôt que la vie"

Il éclaire les convictions de ce "justicier inamovible et gênant". Sali par les médias. Poursuivi par les tribunaux. Traité de "terroriste" pour préférer, en Antigone moderne, sa conception de la justice à celle des règlements internationaux .

Au "déni de réalité", Wallace oppose les images-choc des baleines et des requins dépecés, attaqués, découpés, vendus en morceaux.  Ce dissident qui a "cessé de respecter la propriété plutôt que la vie"  joue l'émotion pour amorcer la réflexion sur l'avenir. Sur une planète qui épuise en huit mois les ressources naturelles que la Terre est capable de renouveler en un an. 

Tout cela, Alice Ferney l'invente, l'imagine, dans une langue précise et vibrante. Elle décrit avec émotion cette traque sur toutes les mers du monde, où d'impitoyables Achab suréquipés disposent de satellites pour repérer les cétacés sur les océans.

Si "Le règne du vivant" tient parfois moins du roman que du récit, du reportage, du manifeste, le livre reste gravé en mémoire. Car il pose, sur les baleines, la même question que le Romain Gary des "Racines du ciel" sur les éléphants. Non, les baleines ne servent à rien. Sinon à incarner une certaine idée de la liberté.

Et le livre résonne étrangement quand le géant Google explique, à tort que les requins nuisent à l'Internet mondial (entendez à Google). Et l'on ne peut s'empêcher de frémir dans ce combat inégal, où l'animal fait d'emblée figure d'accusé. Oui, il faut lire "Le règne du vivant".

"Le règne du vivant", Alice Ferney (Actes Sud 19 euros)  

Extrait 
"Magnus répond aux questions d'une salle pleinement coopérative.
- Bien sûr que je ne suis pas rationnel ! Je suis farouche et blessé par ce que je vois. Pourquoi devrais-je nier la part sentimentale de mes motifs ? Je ne veux tout simplement pas d'un monde sans baleines. Elles sont les chimères sublimes de notre monde. Elles sont l'imaginaire à portée d'observation. Il faut les admirer ! Il faut en faire notre legs."