"La femme qui dit non", vif roman aux embruns bretons

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 28/09/2014 à 10H12, publié le 27/09/2014 à 11H25
 "La femme qui dit non" se déroule dans l'île aux Moines 

 "La femme qui dit non" se déroule dans l'île aux Moines 

© AFP/ Miguel Medina

A la recherche d'un joli roman, classique et enlevé ? Avec manoir breton, vue sur la mer, héroïne intrépide, et rebondissement final qui vous laisse tout pantois ? N'hésitez pas : "La femme qui dit non" vous tend les bras, et trois cents pages de pur plaisir.

"La femme qui dit non", c'est d'abord un voyage dans Ie décor somptueux de l'île aux Moines, île du Morbihan. C'est ensuite une héroïne à l'esprit libre, et corps itou. Une Anglaise qui débarque d'un voilier dans un cadre idyllique, et y tombe amoureuse d'un insulaire.

"A part nous deux, toute l'Europe avait les yeux tournés vers Munich"

Soixante-dix ans plus tard, la vieille dame prend la plume, et se souvient avoir rêvé dès le premier jour "de vivre à Kergantelec, au centre de l''Ile-aux-Moines, au coeur du golfe". Hélas , "l'époque s'est mise en travers de tous les projets des uns et des autres. Il faut dire que ce premier jour était le 29 ou le 30 septembre 1938. J'avais dix-huit ans, Blaise en avait vingt et, à part nous deux, toute l'Europe avait les yeux tournés vers Munich".

Le cadre, l'époque et le genre sont plantés : Marge, nonagénaire alerte, raconte à la première personne une vie, la sienne, ouvrant son récit sur son mariage juste avant la Seconde guerre mondiale. Dès juin 1940, son époux, Blaise, répond à l'appel du général de Gaulle et s'embarque pour Londres.

Envie de s'amuser ? Cette forte tête rejoint la Résistance

Est-ce par envie de s'amuser ? Par fidélité à la mère patrie ("right or wrong, my country" : qu'il ait raison ou tort, c'est mon pays") ?  Cette forte tête laissée seule au manoir avec une belle-mère qu'elle n'aime guère rejoint la résistance.

Ce qui ne l'empêche ni de faire la fête au casino de la Baule, en compagnie peu recommandable, ni de fréquenter de près un autonomiste breton dont les amis flrtent avec l'occupant nazi. Mais hormis quelques héros au coeur pur, qui, dans cette époque trouble, n'avait rien à se reprocher ? Malicieux, l'auteur rappelle au passage qu'on pouvait croiser "un certain François Mitterrand" "dans les antichambres de Laval, Pétain, Darlan et des autres" avant qu'il n'entre en résistance.

Soixante-dix ans d'histoire dans la lande bretonne

En 1945, Marge se retrouve avec de bons souvenirs - elle ira parfois lever le coude avec des communistes, en souvenir de la lutte commune- et, plus gênant, avec un enfant né alors que son père était absent depuis de longs mois. Comment le prendra-t-il, à son retour ? Reviendra-t-il d'ailleurs ?

Avant, après, pendant la guerre, "la femme qui dit non" continuera à se tenir droite dans les embruns, armée de son humour british et de la seule devise qui vaille (" don't explain, don't complain" : ne pas expliquer, ne pas se plaindre"). Jusqu'à ce que ...

Faites souffler soixante-dix ans d'histoire dans la lande bretonne. Mêlez-y des imbroglios amoureux, oscillant entre vaudeville et drame passionnel, avec la fluidité d'écriture de Gilles Martin-Chauffier, rédac chef de Match et romancier habile. Recette éprouvée, résultat efficace. 

La femme qui dit non Gilles Martin-Chauffier (Grasset - 352 pages - 19 euros)