"Je suis très sensible": portrait d'un anti-héros, fracturé de l'intérieur

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/08/2014 à 11H33, publié le 25/08/2014 à 08H33
La romancière Isabelle Minière publie en août 2014  son nouveau roman, "Je suis très sensible"

La romancière Isabelle Minière publie en août 2014  son nouveau roman, "Je suis très sensible"

© @Raphaël Gaillarde

Grégoire adore l'allemand, la routine et sa compagne Agathe. Grégoire a ses manies et une innocence désarmante. Grégoire ne fait jamais de vagues, jusqu'au jour où il part en vrille. Par les yeux de ce anti-héros créé par la romancière Isabelle Minière, on réinterroge la cruauté d'un monde dit normal. "Je suis très sensible" (titre du livre) nous décentre, nous dérange, nous ravit.

Le lecteur ne comprend que peu à peu l'étrangeté de Grégoire, le héros de "Je suis très sensible", 16e roman d'Isabelle Minière (en comptant ses oeuvres jeunesse) à paraître en août.

Grégoire est un jeune homme comme les autres. La routine de son travail - sous-dimensionné pour son niveau d'études- lui plaît. Il vit avec Agathe, jolie prof de philo séduite par sa candeur. Il se couche tôt parce qu'il aime se "coucher de bonne heure. De bonheur" (une trouvaille parmi d'autres, dans l'écriture faussement simple d'Isabelle Minière, qui excelle à créer un sentiment de malaise). 

Malgré les rites qui le rassurent, Grégoire a des fêlures qui vont croître, sous le coup de plusieurs chocs. Le premier sera extérieur : la mort d"un président de la République émeut sa compagne et bouscule leur quotidien. L'autre sera l'arrivée d'un collègue d'Agathe, décidément très présent.

Fracturé de l'intérieur

Jusqu'à la déflagration, Grégoire semble témoin (bien aveugle) de sa vie, davantage qu'acteur. En 170 pages, Isabelle Minière dresse en petites touches le portrait d'un de ces fracturés de l'Intérieur que nous côtoyons sans les voir. Que nous sommes sans le savoir ?

Le roman est une sorte d'Etranger du XXIe siècle, pour reprendre le titre du livre d'Albert Camus qui a inspiré Isabelle Minière. Quand elle a relu le roman, le célèbre début ("Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas"), a déclenché l'idée. "J'ai imaginé un personnage détaché de ses affects. C'est une petite graine qui a poussé toute seule".

Et s'il fallait accoler, malgré tout, à ce roman, une étiquette clinique  puisque son métier de psychologue-hypnothérapeute amène l'auteur à côtoyer des bizarres, des pas comme les autres ?

C'est l'histoire dit-elle d'une "décompensation psychotique"Un équilibre se rompt chez un personnage qui s'est "construit toutes sortes de cadres" pour se protéger. Cette étiquette médicale ne dit rien de l'étrange magie de ce roman ni de l'attachement que noue le lecteur avec ce anti-héros "massacré dans son enfance" et devenu depuis spectateur de sa vie

Je suis très sensible Isabelle Minière (Serge Safran, 14,50 euros)