Il Babbo, premier roman et talentueuse lettre d'amour filial

Par @AnneBrigaudeau
Mis à jour le 23/08/2013 à 23H18, publié le 21/08/2013 à 11H41
Ivan Macaux, auteur d'Il Babbo. 

Ivan Macaux, auteur d'Il Babbo. 

© Julien Falsimagne

C'est l'histoire d'un père et d'un fils qui remontent du Var à Paris dans une automobile en bout de course. Faute de dialogue, le fils se souvient par flashes de son enfance. Des meubles saisis par les huissiers à la suite des douteuses affaires paternelles. Qui est-il d'ailleurs, ce "Babbo" - surnom du père ? Un idéaliste ? Un escroc ? Le premier roman abouti d'un journaliste de 29 ans.

Il Babbo conte l’histoire d’un père et d’un fils presqu'encore adolescent qui finissent leurs vacances dans le sud de la France, dans la maison de famille maternelle. Ils vont revenir à la capitale dans une voiture hors d'âge, par les chemins de traverse. Et  passent quelques jours ensemble dans cet étroit habitacle. 

L'enfance rembobinée

Parviendront ils à se parler ? Rien n’est moins sûr, mais, faute de dialogue, le narrateur – double évident de l’auteur, le journaliste Ivan Macaux, trente ans moins des poussières- rembobine son enfance. Comme dans la chanson de Barbara qui sert de prélude ("J'ai mis mon dos nu à l'écorce/ L'arbre m'a redonné des forces/ Tout comme au temps de mon enfance...").

Il se souvient des meubles enlevés  par des huissiers, à la suite des multiples ruines paternelles. Surnommé « Il Babbo », le papa en italien (le narrateur enfant comprenait "le pas beau"), le père a un talent sûr pour l'investissement à perte et les faillites successives. C'est la mère, grande prêtresse du marketing pour enfants qui assure les fins de mois ... et ramène meubles et télés embarqués par la justice.

Le fils se rappelle, aussi, du grand-père. Le grand homme de la famille, ministre gaulliste et élu du Var qui n’hésita pas à poser sa tête dans la gueule du lion, au sens propre, dans un zoo provencal. Il se remémore sa grand-mère, douairière du XVIe arrondissement parisien au maintien impressionnant jusque dans la maladie d’Alzheimer.

Des « je me souviens » scandés dans une langue drôle, vive, parfois abrupte. Le cynisme de façade y sert de paravent, et d’incertain barrage contre l’océan des sentiments.

"Un personnage taciturne et un personnage solaire"

Car le livre a une forte teneur autobiographique. "Il y avait dans ma famille, nous a dit Ivan Macaux, un personnage taciturne, mon père, et un personnage solaire qui a tenu la baraque pendant des années. Ma mère a lu le roman avant que je ne l'envoie aux éditeurs. Elle m'a dit : "j'ai beaucoup pleuré, mais vas-y".  Il est écrit du point de vue de quelqu'un qui n'est pas moi, de l'adolescent que j'étais alors."

Le père d'Ivan Macaux est mort en 2007, alors que l'auteur était étudiant à l'Ecole supérieure de journalisme de Lille (après quelques années comme critique de cinéma à La Vie).

En 2012, le nouveau romancier a écrit "le bouquin en deux mois, d'une traite." "Techniquement, explique-t-il, je finissais un contrat de boulot (à France 2), j'avais deux mois de libres". "Mais sinon, ajoute-t-il, c'est la phrase de la fin du roman ("ton père a cru que tu ne l'aimais pas") qui m'a hantée pendant cinq ans. Je me suis dit que j'allais écrire ce que j'avais cru comprendre de notre relation. C'est un hommage de la tendresse."

Un des derniers poulains de Jean-Marc Roberts
 
Le primo-romancier fait partie des derniers poulains, chez Stock, de l'éditeur Jean-Marc Roberts, mort début 2013. "Il a lu mon texte dans la nuit et l'a pris. Je l'ai rencontré une fois, je suis un de ses derniers coups de coeur. Sans doute la fin avec la disparition du père l'avait-il touché, sans vouloir faire de la psychanalyse de bazar".

Aujourd'hui journaliste à Canal +, Ivan Macaux livre ici un joli roman tremblant au rythme du cahot de la voiture, du choc des réminiscences , et du bonheur des formules (parfois sacrifiées au sens, mais si peu)."C'est un roman", précise-t-il,  "dans lequel tout est vrai, sauf le road-trip."
 
L'écrivain s'attellera cet été à son second livre, dont il avait parlé avec Jean-Marc Roberts. "Un roman philosophique qui se passe en Chine".
Il Babbo, Ivan Macaux (Stock - 18 euros)
Sortie le 23 août