"Hitchcock, roman", le dernier coup de foudre du Maître, signé René Bonnell

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 11/10/2013 à 11H18, publié le 10/10/2013 à 14H04
Alfred Hitchcock

Alfred Hitchcock

© SIPA

Invité inattendu de la rentrée littéraire, l’ancien Monsieur Cinéma de Canal Plus nous offre un joli roman qui met en scène un Alfred Hitchcock, malade, alcoolique et désabusé… mais pas à l’abri d’une dernière passion. Le maître du suspens tombe sous le charme d’une jeune étudiante.

C’est un roman, incontestablement. Les faits décrits par René Bonnell n’ont jamais eu lieu. Mais, il s’appuie sur un socle d’éléments historiques qui donnent à son récit une grande crédibilité.

L’Alfred Hitchcock que nous retrouvons ici a perdu de sa superbe. Obèse, perclus de douleurs articulaires, il traîne sa déprime et son cynisme. Alma, sa femme, n’est plus l’ombre que d’elle-même, et c’est un homme seul. Son studio attend toujours un hypothétique dernier film, mais lui a déjà renoncé.

L’arrivée de Carol va prendre la forme d’une ultime éclaircie. L’étudiante est incollable sur l’œuvre du génie qu’elle rêve de rencontrer. Habituellement, un « cordon sanitaire » formé autour de lui, repousse les sollicitations, mais cette fois, la jeune femme parvient à ses fins. Hitchcock est sous le charme et déploie toutes ses armes de séduction… en vain. Caché dans une chambre d’hôtel, le réalisateur l’observe au téléobjectif, refait pour elle un film sans pellicule.

L’histoire sonne juste, et elle est aussi l’occasion de replonger dans les coulisses de l’œuvre d’Hitchcock, ses grands et petits films d’Hitchcock, son voyeurisme, ses obsessions, ses frustrations et ce qu’il fit subir à ses actrices. En particulier à Tippi Hedren, qu’il découvrit dans une publicité, éleva au rang de star dans « Les Oiseaux » avant de ruiner sa carrière. Hitchcock, amoureux fou de ses héroïnes, ne passait pas à l’acte mais voulait en faire ses créatures… Scénario si souvent répété, si souvent conclu par des ruptures et de l’amertume.

Bonnell connaît magnifiquement son sujet, et on se laisse emporter par cette ultime émoi de l’immense réalisateur. N’arrivant pas à ses fins – une fois de plus – il ferme la boutique. Un peu plus tard, il annonce à Universal qu’il n’y aura pas de 53e film, ses collaborateurs sont licenciés. Clap de fin. Hitchcock se résigne, n’apparaît plus pour quelques honneurs, et se réfugie au côté de son épouse malade, acceptant la sentence d’une fin de vie sinistre et sans amour.

"Hitchcock, roman" de René Bonnell (Hermann Editeurs) – 219 pages – 18,50 euros