"Debout-payé" de Gauz : le regard du vigile sur les coulisses du grand magasin

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 06/10/2014 à 12H40, publié le 06/10/2014 à 12H34
L'entrée d'un magasin de parfumerie 

L'entrée d'un magasin de parfumerie 

© LIONEL BONAVENTURE / AFP

L'air de rien, ce petit bouquin tonique nous apporte un point de vue très rarement abordé, celui de l'agent de sécurité. Précisément, de l'agent de sécurité africain. Comment est-il arrivé là, que vit-il et que voit-il ? Très instructif.

Il est partout. A l'entrée du magasin, de la salle de spectacle ou du chantier en sommeil. Costume et cravate noires, chemise blanche, oreillette. Il fait partie du paysage, transparent, sans que personne ne s'interroge sur l'ennui indicible qui accompagne ses journées, ni sur la difficulté de passer huit heures quotidiennes debout.

De son poste de surveillant, il bénéficie d'un point de vue exceptionnel sur l'évolution de la société de consommation. Le vol, les mesquineries des clients et des commerces, l'univers du vendeur… Une nouvelle géographie se dessine, et c'est passionnant.

Gauz, alias Armand Patrick Gbaka-Brédé, est tout jeune et il a déjà fait mille choses de sa vie. Vigile dans le Sephora des Champs-Elysées ou le Camaïeu de la Bastille, notamment. Son récit est tout à fait étonnant, alternance de tranches de vie de la communauté ivoirienne de Paris, et d'instantanés ironiques et drôles, "choses vues" dans les temples du commerce de la capitale.
Armand Gauz, auteur de "Debout-payé"

Armand Gauz, auteur de "Debout-payé"

© Editions Nouvel Attila
Exemples ? Des talkies-walkies s'échappent des bouts de phrases parsemées de J3, J4 ou J5, mystérieux sigles. Une nomenclature que Gauz nous détaille : le J3 est un client de type arabe, le J4 est "négroïde", le J5 caucasien, le J6 asiatique. "Et où mettre les métis ?", se demande-t-il. Un J3,6 pour un "arabo-asiatique" ?

Ou encore, cette rencontre incroyable à l'entrée du magasin, avec un vieil homme qui tient deux laisses. Au bout de la première, un chiwawa géant. La seconde est fixée au cou d'un petit garçon. "C'est mon petit fils, il est hyperactif, j'ai un certificat médical" glisse l'homme au vigile interloqué.

Passage dans le portique de sécurité. Ça sonne. Les réactions sont différentes selon les origines, raconte l'auteur. Le Français regarde dans tous les sens, comme pour montrer que c'est quelqu'un d'autre qui a déclenché l'alerte. Le Japonais s'arrête net et attend le vigile. Le Chinois feint de ne rien avoir entendu. L'Africain se pointe le doigt sur la poitrine. Moi ? L'Américain fonce vers le vigile et ouvre grand son sac avec le sourire. L'Allemand fait un pas en arrière pour vérifier le système...

Pourquoi autant de vigiles sont-ils noirs ? Comment procèdent les voleuses d'épilation ? Pourquoi parle-t-on d'altitude relative du coccyx ? Gauz a toutes les réponses, et bien d'autres encore. Son savoureux petit livre, bien écrit, est un témoignage inédit et précieux sur les usages du monde marchand d'aujourd'hui.

"Debout-Payé" de Gauz (Attila) – 192 pages – 16,00 €