"Big Brother" : la crise de régime de Lionel Shriver

Par @pygrenu Rédacteur en chef de Culturebox
Mis à jour le 15/09/2014 à 16H56, publié le 15/09/2014 à 15H33
Lionel Shriver à Barcelone en juin 2014

Lionel Shriver à Barcelone en juin 2014

© TONI ALBIR/EPA/MAXPPP

Dans "Tout ça pour quoi ?", Lionel Shriver brossait un portrait assez terrifiant du système de santé américain. Cette fois, son "Big Brother" réussit à nous passionner avec un autre sujet sensible : l'obésité.

Lorsque Pandora revoit son frère pour la première fois depuis quatre ans, son regard ne s'arrête pas sur lui. A la sortie de l'aéroport, elle guette la svelte silhouette du jeune et séduisant jazzman qui est restée imprimée dans ses souvenirs. Lorsqu'elle comprend qu'Edison est bien cet homme qui peut à peine marcher, écrasé par ses 175 kilos, elle panique complètement…

L'irruption de "Big brother" va faire voler en éclat tous les équilibres subtils de la vie de famille de Pandora, son mari psycho-bio-rigide et ses beaux-enfants. Il prend de la place, dans tous les sens du terme, et tout part en vrille.

Pendant des semaines, la question va rester taboue. Pourquoi ? Comment en est-il arrivé là ? C'est un suicide lent qu'Edison opère sous ses yeux, empoisonné au sucre, aux muffins et à la double-crème.

Et puis, au moment de le remettre dans l'avion du retour, Pandora décide de prendre son destin et celui de son frère à bras-le-corps. Commence une véritable opération commando : perdre plus de 100 kilos en un an. Un peu enrobée elle-même, elle l'accompagnera et le coachera dans cette tentative. Le plus dur commence...

Jeûne & grande bouffe

La gêne, les non-dits, les humiliations, le dégoût de soi… Cette situation, Lionel Shriver l'a vécue, au moins en partie, avec son propre frère, et ses mots sonnent plus juste que jamais. Et derrière cette aventure individuelle tragi-comique, se niche une observation profonde et vitriolée de la société américaine et de son rapport à la nourriture. La romancière n'est pas plus tendre avec les obsédés de l'alimentation saine et équilibrée qu'avec les amateurs de "trash food".

Entre les épisodes de jeûne (tout juste suspendus par les ingestions de substituts liquides et répugnants) et ceux qui réveillent les souvenirs de "Grande bouffe", on ressort de ce roman avec la sensation d'être passé dans une lessiveuse. Et on fait un détour pour éviter de passer trop près du du réfrigérateur. Une fois encore, Lionel Shriver a visé juste. Parfaitement à point. 

"Big Brother" de Lionel Shriver (Belfond) - 448 pages - 22,50 €