"Avoir un corps": naissance et vie d’une femme, selon Brigitte Giraud

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/12/2013 à 10H08, publié le 08/10/2013 à 17H33
Brigitte Giraud

Brigitte Giraud

© Francesca Mantovani

Le nouveau roman de Brigitte Giraud, « Avoir un corps » est né d’un travail artistique mené avec une chorégraphe, Bernadette Gaillard. Mais s’il s’agit d’une naissance chorégraphique d’un texte, il n’est en rien une adaptation d’un travail scénique. Brigitte Giraud nous emmène une nouvelle fois dans une introspection intime.

Brigitte Giraud écrit qu’elle n’aime pas être définie par son corps. Mais rien à faire, elle devra s’y faire et vivre avec. Avec ce corps en mouvement, en apprentissage, en mûrissement. Avec ces questions : qu’est ce qui fait que l’enfant se détermine comme femme sur injonctions de la société ? Qu’est ce qui met fin à l’enfance, à l’adolescence ?

A ces questions Brigitte Giraud répond délicatement, précisément, chronologiquement, à la première personne. Elle nous fait vivre les petites scènes du quotidien d’abord d’une petite fille qui martyrise ses poupées, qui transforme des moments en petits cauchemars comme ce « succulent » parallèle entre la découverte de sa révulsion pour le boudin et les varices noires sur les jambes de sa grand-mère !

A chaque scène son petit dérapage contrôlé.
A chaque âge, le constat d’évolution de son corps. Et l’apprentissage n’est pas nécessairement une partie de plaisir pour Brigitte Giraud particulièrement lorsqu’elle entre dans le monde des femmes : « je n’aime pas l’idée d’être une fabrique, une usine et encore moins une matrice. Les filles sont indisposées, comme on dirait indisponibles ou empêchées. On dit aussi que les filles sont formées, cela est effrayant. »
 
Féminin, masculin
 
Le destin de cette femme est en soit banal. Copains, copines, la vie des années 80. Les premières expériences amoureuses. Car comme le dit Brigitte Giraud, quand on travaille sur la notion du féminin on travaille aussi sur celle du masculin.

Ainsi sa vie conjugale sera scrutée au féminin mais aussi au masculin. Un compagnon sans autre nom que « le garçon ». Celui qui lui donnera l’occasion d’une nouvelle étude corporelle, celle de la maternité : « Seul le garçon sait le détail de la transformation. Ce n’est pas rien de devenir une autre. De laisser le garçon être le témoin. C’est long et lancinant. Petit à petit je suis possédée, et donc dépossédée. Parfois je ne sais plus qui je suis, moi ou le fœtus qui prend de plus en plus de place. »
Brigitte Giraud: "Avoir un corps" © DR
Et voilà deux hommes dans sa vie, un grand, un petit. Ils lui donnent l’occasion d’étendre son étude de comportements  au genre masculin mais à l’aune du sien, féminin. Elle nous invite à cette recherche de définition de son identité féminine, à son expérience de la douleur, du deuil, au passage du dedans au dehors, à cet apprentissage permanent du corps, de son langage et de sa mémoire. Comme des regrets éternels, « elle voudrait être autre chose, un esprit plutôt qu’un corps, une pensée plutôt qu’une émotion. »

Avec ce partage d’intimité, Brigitte Giraud nous fait effleurer ce corps mis à nu. Mais par courtes séquences et petites touches elle nous donne plus à réfléchir qu’à ressentir. Plus qu’une réponse à ces questions d’identité, elle nous propose de nous questionner sur l’éternel féminin et ses relations avec les autres, féminins, masculins, pluriels.

 
"Avoir un corps" de Brigitte Giraud, éditions Stock.
le livre est en compétition pour le Prix Roman France Télévisions