Avec "Pétronille", Amélie Nothomb fait pétiller la rentrée littéraire 2014

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 05/09/2014 à 10H22, publié le 21/08/2014 à 10H09
Amélie Nothomb : 23e roman, 23e rentrée littéraire en 2014 avec "Pétronille"

Amélie Nothomb : 23e roman, 23e rentrée littéraire en 2014 avec "Pétronille"

© Olivier Dion

"Pétronille" (Albin Michel) est son 23e roman, et Amélie Nothomb, qui n'en rate pas une, célèbre sa 23e rentrée au champagne. Les bulles, c'est le sujet, entre autres, de ce réjouissant roman qui parle aussi de Paris, d’écriture, de dédicaces, des libraires (qu'elle honore) et aussi d’une amitié inattendue entre une romancière fantasque et célèbre, et une jeune femme androgyne un brin mystérieuse.

L’histoire : Amélie Nothomb aime le champagne. C’est notoire. "L'ivresse ne s'improvise pas. Elle relève de l'art, qui exige don et souci. Boire au hasard ne mène nulle part". Dès lors, la romancière, d'un "tempérament expérimental", s'attache à trouver les meilleures méthodes pour honorer dignement son penchant, n'hésitant pas à jeûner, comme les chamans amazoniens, pour porter au plus haut la volupté que cette boisson lui procure. "Dès la première gorgée, j'ai su que j'avais raison : jamais le champagne n'avait été à ce point exquis", constate-t-elle après une dégustation précédée de 36 heures de jeûne.

Transportée par cette expérience, elle regrette néanmoins de n'avoir pu partager cet état de transe avec quelqu'un. "Il me faut un compagnon ou une compagne de beuverie", décide-t-elle. L'objectif est fixé. La romancière se lance alors avec enthousiasme dans sa quête et trouve rapidement en la personne de Pétronille, une jeune femme qu'elle rencontre lors d'une de ses nombreuses dédicaces, la candidate idéale pour partager sa passion.

La jeune femme androgyne, mi-Gavroche mi-Zazie, se révèle endosser avec talent le rôle délicat de "compagne de beuverie". Naissance d'une amitié entre la romancière célèbre et fantasque et cette jeune femme d'origine modeste, elle aussi promise à une carrière d'écrivain. Ce duo de comédie fonctionne à trois cent pour cent et évoque les meilleurs du genre, de Laurel et Hardy à Queneau, en passant par Billy Wilder ou Charlie Chaplin.

L'élégance d'Amélie Nothomb

Après nous avoir fait faire un retour l'an dernier au Japon avec "La nostalgie heureuse", Amélie Nothomb nous embarque cette fois-ci au pays qui l'a adoptée, la France, avec une balade quasi touristique dans les rues de Paris. Une escapade à Londres aussi nous vaut une scène d'anthologie, dans laquelle la romancière y est reçue comme (et avec) un chien par Vivienne Westwood.

Amélie Nothomb conjugue avec élégance la tragédie et le rire. Ce nouveau roman est truffé de petites phrases à laisser décanter. Bref, une fois encore, on n'est pas déçu, et même heureux, de passer un moment en sa compagnie.

"Tout est véridique. Je n'invente rien", se plaît à répéter la romancière. L’art d’Amélie Nothomb, c'est ça : mettre en scène sa propre vie avec une imagination qui dépasse largement celle de la plupart de ses contemporains, adeptes de la fiction pure. Comme le style, "chaque alcool possède une force de frappe particulière", celui de Nothomb fait mouche. 

Son dernier roman est une bulle de légèreté dans cette rentrée littéraire. A déguster sans modération.
Pétronille (couverture), Amélie Nothomb
Pétronille Amélie Nothomb (Albin Michel – 170 pages – 16,50 euros)

Extrait
Pourquoi le champagne? Parce que son ivresse ne ressemble à nulle autre. Chaque alcool possède une force de frappe particulière; le champagne est l'un des seuls à ne pas susciter de métaphore grossière. Il élève l'âme vers ce que dû être la condition de gentilhomme à l'époque où ce beau mot avait du sens. Il rend gracieux, à la fois léger et profond, désintéressé, il exalte l'amour et confère de l'élégance à la perte de celui-ci. Pour ces motifs, j'avais pensé qu'on pouvait tirer de cet élixir un parti encore meilleur.
Dès la première gorgée, j'ai su que j'avais raison : jamais le champagne n'avait été à ce point exquis. Les trente-six heures de jeûne avaient affûté mes papilles gustatives qui décelaient les moindres saveurs de l'alliage et tressaillaient d'une volupté neuve, d'abord virtuose, bientôt brillante, enfin transie.