Les Lumières n’ont pas inventé la civilité ni la politesse, mais elles leur ont donné une portée morale et philosophique radicalement nouvelle. En célébrant la civilité, elles expriment une confiance nouvelle dans la nature humaine. Mais ces promesses recouvrent une sourde inquiétude : les formes les plus raffinées de la civilité peuvent aussi dissimuler le mensonge et favoriser la domination. Au XVIIIe siècle, c’est la France qui incarne avec éclat cette figure ambivalente d’une civilité brillante mais pour certains hypocrite, voire immorale, que l’on appelle la politesse. Montesquieu, Voltaire, Hume, Rousseau, Kant, Madame de Staël : tous voient dans la politesse française la fine fleur de la civilité moderne, s’interrogent sur la valeur de ce qu’on commence alors à appeler civilisation. C’est cette «conversation» que Philippe Raynaud restitue dans toute sa richesse. Il rappelle l’affinité native des manières françaises avec la monarchie absolue, que tout oppose à la simplicité des mœurs de la libre Angleterre. Il retrace la longue complicité, à la ville comme à la Cour, entre la civilité et le «règne des femmes». Il rend sensible la relation intime des lois, des mœurs et des manières. Le temps des salons est passé et ne reviendra pas, mais les questions politiques et morales qu’il avait mises à jour demeurent encore les nôtres.

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