Lorsqu'en avril 1946, le jour de Pâques, une révolte éclate dans les murs de la prison San Vittore à Milan, l'Italie - police, gouvernement, opinion publique - peut croire à un soubresaut assez naturel dans un univers carcéral surpeuplé. Constitué d'anciens fascistes de la République de Salò, d'anciens partisans réduits, par la pauvreté, à des délits de droit commun, de femmes et d'adolescents partageant leurs misères et leurs turpitudes, le peuple prisonnier ignore lui-même, lorsqu'il se mutine, qu'il va dangereusement ébranler les premiers gouvernements post-fascistes.

De cette histoire vraie dont les archives de presse rapportent la stupéfiante violence, Alberto Bevilacqua a fait un roman construit autour de la figure fascinante du meneur de la rébellion, Ezio Barbieri. Vaurien des bas quartiers de Milan, chef de la redoutable «bande de l'Aprilia noire», bandit de grande classe dont les pirouettes et provocations mettent en rage les institutions imperméables à son charisme, Barbieri transforme au fil des jours la mutinerie en saine révolte contre l'État corrompu et ses partisans malhonnêtes. 
Son destin fulgurant, brisé, (il a, depuis 46, passé l'essentiel de sa vie dans d'obscures prisons) illumine le pays tout entier, cherche à enflammer les forces vives d'une nation qui postera tant de mitrailleuses autour des murs d'où il lance révélations, défis et anathèmes qu'elle le réduira au silence. Mais avant de tomber, ce digne héritier de l'anarchiste Bonnot répète, sur la scène d'une Italie meurtrie par ses démons, le rôle que vingt ou trente ans plus tard tiendront les Brigades rouges.

Conteur sans égal de l'histoire politique italienne du XXe siècle, créateur de légendes qui restituent, plus justement que la chronique, la vérité des héros, Bevilacqua signe avec La Pâque rouge un portrait flamboyant, épique, de perdant magnifique.

Né à Parme en 1934, Bevilacqua est à la fois poète, romancier, cinéaste et journaliste. Sa formation culturelle a été très influencée par l'ambiance particulière de l'Émilie-Romagne.
Très jeune, il collabore à des journaux locaux et y publie ses premiers poèmes, avant de les adresser à des revues prestigieuses comme Paragone ou Botteghe oscure.
En 1956, il s'établit à Rome et, parallèlement à une activité journalistique intense, il multiplie les romans, puisant son inspiration dans une Parme surannée ou passée au filtre de la mémoire.
La Différence a publié de lui, en 2002, un roman, La Poussière sur l'herbe, très remarqué par la critique et le public et À travers ton corps en 2003.

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