"Super-Sourde" de Cece Bell, autobiographie en BD d'une héroïne privée d'ouïe

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Publié le 09/11/2015 à 18H38
"Super-Sourde", Cece Bell (Les Arènes) © Cece Bell

"Super-Sourde" (Les Arènes), est un roman autobiographique de l'auteur et illustratrice pour la jeunesse américaine Cece Bell. Elle y fait le récit de son enfance, à partir du moment où elle perd l'audition à l'âge de quatre ans. Prix du meilleur livre jeunesse américain, un roman graphique drôle et lumineux sur le handicap, à lire à partir de 8 ans.

Cece Bell perd l'ouïe à l'âge de 4 ans à la suite d'une méningite. La petite fille ne comprend pas tout de suite ce qui se passe. Pourquoi à l'hôpital ne lui donne-t-on jamais de glace alors que sa petite camarade de chambre en a tout le temps ? C'est qu'elle n'entend pas l'infirmière qui lui en propose. Quand elle rentre à la maison, elle ne quitte pas sa mère d'une semelle. Un jour elle la perd. Elle l'appelle, mais sa mère ne répond pas. "Je n'entend pas" comprend Cece.

Commence alors pour elle une nouvelle vie où il faut apprendre à vivre sans entendre. On l'équipe d'un "appareil auditif". La petite fille entend à nouveau, mais des sons étranges. A la rentrée, elle comprend qu'elle est vraiment différente quand elle ne va pas dans la même école que son amie Emma. Elle est inscrite dans une école maternelle spécialisée où elle apprend à lire sur les lèvres et où elle est entourée d'enfants comme elle. C'est plus simple.

Mais l'été arrive et l'année suivante il faudra entrer à l'école primaire. Et là, ça se corse. La courageuse Cece cherche par tous les moyens à ressembler à ses petites camarades, à camoufler son handicap, mais le gros appareil (le "phonic ear") qu'elle porte autour du cou pour pouvoir entendre ce que dit la maîtresse lui rend aussi la vie impossible. Elle s'invente alors un personnage d'héroïne, "Super-Sourde", qui l'aide à affronter le monde des "entendants".
"Super-Sourde" page 51

La surdité vue de l'intérieur

On suit pas à pas le chemin de cette petite fille vers l'acceptation de son handicap. Les difficultés de son quotidien : les mesquineries de sa copine Laura qui la manipule, l'insistance d'une autre, à lui parler fort et lentement, lui faisant ressentir en permanence sa différence (d'autant qu'avec son appareil auditif elle comprend moins bien ce qu'on lui dit si son interlocuteur hurle et parle lentement, mais ça, elle n'ose pas le dire, et c'est bien le problème).
Super Sourde page 73
On accompagne Cece dans ses questionnements, ses difficultés à vivre avec son handicap, son acharnement à vouloir être comme les autres enfants, ses hontes. On vit avec elle les situations d'exclusion, les brimades, et aussi les rêves, les envies qui sont celles de toutes les petites filles de son âge, mais qui prennent une tournure compliquée avec la surdité.

Ce roman graphique raconte avec une simplicité lumineuse le handicap. Cece Bell, auteur et illustratrice, met son histoire à portée d'enfant avec humour, mais sans rien ignorer des douleurs que la surdité et la différence mettent sur le chemin d'une vie. Entre les lignes aussi ce constat : ces ont parfois les personnes entendantes qui sont les plus sourdes. Cece Bell montre aussi sans militantisme l'autre versant du handicap : l'ouverture de belles perspectives quand la privation d'un sens développe des qualités dont les personnes "normalement dotées" sont privées.
"Super-Sourde" page 103
Ni accusateur, ni larmoyant, avec un joli graphisme et des personnages incarnés par des lapins (comme Art Spiegelman avec ses souris dans "Maus"), "Super-Sourde" est une très belle manière de parler du handicap aux enfants (et aussi aux adultes), dans la joie. Et aussi de faire découvrir le genre "roman-graphique" aux plus jeunes, avec un album de qualité.
Couverture de "Super Sourde"' Cece Bell (Les Arènes)
"Super-Sourde" Cece Bell, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Hélène Dauniol-Renaud. Couleurs, David Lasky (Les Arènes - 248 pages - 19,90 euros - A partir de 8 ans)