Numérique dans l'édition jeunesse : 3 questions à Séverine Lebrun

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 01/12/2011 à 14H33
Severine Lebrun, responsable du Pôle numérique au salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil

Severine Lebrun, responsable du Pôle numérique au salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil

© Eric Garault

Entretien avec Séverine Lebrun, responsable du Pôle numérique au Salon du livre et de la presse jeunesse à Montreuil

 

Pourquoi ouvrir les portes du salon au numérique ?

Le numérique nous intéresse depuis plusieurs années au salon. La littérature jeunesse est de plus en plus au cœur de la création multimédia, avec les applications pour les tablettes notamment ou les livres numériques, mais aussi l’animation. Nous avons commencé l’année dernière avec un festival de cinéma d’animation.

Cette année, nous avions envie de défendre la création dans le domaine des tablettes numériques.

Qu’en est-il de la production numérique dans le secteur de la littérature jeunesse? Comment les éditeurs se positionnent-ils ?

Il faut savoir qu’il y a deux grands formats. Les applications d’un côté et les e-book de l’autre (format e-pub). L’application est plus proche du CD-rom que du livre. Le format e-pub, c’est le concept du livre enrichi, avec un objet qui "imite" le livre, feuilletage, format, même si avec la nouvelle génération e-pub 3, l’e-book se rapproche petit à petit de l’application, en devenant plus créatif et plus interactif. Il y a une autre grosse différence entre ces deux formats : le prix. Pour l’application on est entre 1 et 5 euros. Pour le format e-pub, c’est au minimum 10 euros.

Du coup les éditeurs hésitent. Avec l'application, étant donné le rapport entre son coût de fabrication et son prix de vente, ils ont l’impression de brader leur travail. Cela les oblige à changer leurs habitudes sur leur positionnement et aussi sur les collaborations avec d’autres métiers et aussi à réfléchir aux problèmes liés aux droits.

Par exemple, pour l’application Didou, c’était à l’origine un livre édité chez Albin Michel. L’éditeur a vendu ses droits pour l’audiovisuel. La société Millimages, l'un des groupes leaders de l’audiovisuel européen sur le marché des films et séries d'animation, a développé une application dans la lignée de la série télévisée diffusée sur France 5 et du site internet. Le petit personnage crée par Yves Got est désormais disponible sur l'iPad au prix de 2,99€.  Et la maison d’édition est totalement dépossédée des droits.

La tablette peut-elle remplacer le livre ?

Ce qui change fondamentalement, avec la tablette, c’est le rapport à l’écran. On n’est plus dans la lecture verticale de l’écran d’ordinateur. L’horizontalité et le tactile donnent une grande proximité avec l’objet. Ce qui me frappe, c’est qu’on plonge complètement dans les images.

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que les applications sur tablettes n’ont plus rien à voir avec le livre. C’est un objet d’une autre nature, qui conjugue cinéma d’animation, vidéo, apprentissages, jeux, sons comme par exemple dans Le carnaval des Animaux, quand c’est fait comme ça, c’est magnifique et incroyable ! Je pense que ces nouveaux formats sont proches des livres d’activités ou des livres objets crées par les artistes, comme le livre de Calder sur son cirque, le travail precurseur de Bruno Munari ou les livres de l'artiste japonais Komagata par exemple.

D’ailleurs les illustrateurs le disent eux-mêmes, comme Hervé Tullet, créateur de l'application "Un jeu", c’est une création d’une autre nature.

Je pense que les applications ne concurrencent pas le livre papier. Les deux peuvent cohabiter. Rien ne remplacera  jamais le livre papier, sa matière, la relation avec cet objet, le fait de raconter une histoire à un enfant avec un livre.