La guerre dite aux ados : "L'horizon bleu" et "Le Temps des mots à voix basse"

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 11/09/2012 à 15H26
Illustration de couverture du roman "L'horizon bleu", de Dorothée Piatek

Illustration de couverture du roman "L'horizon bleu", de Dorothée Piatek

© Olivier Balez / Seuil

Deux romans jeunesse de cette rentrée racontent la guerre aux jeunes lecteurs. L'un sur la première et ses tranchée, l'autre la seconde et ses inavouables barbaries.

L'horizon bleu démarre à l'été 1914, au commencement de la Grande Guerre. Elizabeth et Pierre viennent de se marier. Pierre part pour le Front, sans avoir eu le temps d'emmener sa femme voir la mer. Sa jeune épouse restée seule le remplace dans sa classe auprès des écoliers désormais sans instituteur.

Le récit s'appuie sur les lettres que les deux jeunes amoureux s'écrivent pendant toute la période de la guerre. Pierre lui raconte l'horreur des tranchées, le froid, la faim, la peur, la souffrance, ses amis tombés sous les obus, le désespoir. Elizabeth apprend à vivre seule et prend peu à peu son autonomie, souffrant de ne pouvoir aider son époux contraint de faire cette guerre folle.

Tout est dit dans ce roman de 100 pages sur la première guerre mondiale, et sur ce qu'elle porte en elle des bouleversements à venir.

Le temps des mots à voix basse commence dans l'Allemagne des années 30 et raconte l'amitié entre deux hommes que la folie veut rendre impossible. L'un est juif, l'autre pas. Leurs enfants sont eux aussi amis et c'est le fils de l'un qui raconte. Ce récit propose avec subtilité et délicatesse la vision d'un enfant sur l'indicible et sur ce qu'il perçoit du monde parfois incompréhensible des adultes, ou tout devient "tellement embrouillé".

Comment rester un homme dans certaines circonstances, que vaut l'amitié quand la mort menace? Voilà les questions auxquelles répond ce très beau court roman, qui décrit aussi merveilleusement cette période de l'enfance, pleine de sensations. "Le temps des mots à voix basse" est une nouvelle édition. Il avait eu le prix Sorcière en 2002 et a été traduit dans de nombreuses langues.

La littérature a parfois des vertus que les cours d'histoire ne peuvent pas remplacer. Ces deux courts romans racontent avec intelligence et poésie les malheurs engendrés par les folies de la guerre. A mettre sans hésiter entre les mains de tous les adolescents.

Deux romans sur la guerre

Deux romans sur la guerre

© DR
L'Horizon bleu
Dorothée Piatek
Seuil  / Fiction hors collection
112 pages - 9 €
Roman à partir de 11 ans

Le Temps des mots à voix basse
Anne-Lise Grobéty
La Joie de Lire /  Collection Encrage
13 €
Roman à partir de 13 ans

[ EXTRAITS ]

L'horizon bleu

"Trois ans et demi que j'ai quitté la maison. Trois ans et demi plongé dans un abîme de douleur, trois ans et demi sans amour, sans la douceur de ta peau. Je ne suis plus un homme. Je crains que la folie ne se soit emparée de moi. L'espoir m'a quitté, il ne reste plus que la résignation d'une vie gâchée. Je ne rentrerai pas, Elisabeth, cette guerre c'est pour la vie. Ma mémoire est saturée des horreurs et des cris de souffrance dont je suis le témoin et la victime impuissante. Les rideaux de métaux qui balaient les champs de bataille ne me quitteront jamais. Si Dieu me permet un jour de regagner la maison, sache que mon corps sera de retour, mais que Pierre, l'homme que tu as connu, demeurera au Front pour toujours…
Ton mari, Pierre"

Le Temps des mots à voix basse

"Moi j'étais passager clandestin, embarqué à bord du jardin par la force des choses. Accroupi juste derrière eux, à l'abri des ruches, presque noyé entre les longues mèches d'herbes détrempées par l'averse de la nuit. Et tout près de mon oreille, je devinais la vie contenue dans les ruches sur le point d'exploser en mille vibrations d'ailes dès que les premières banderilles du soleil auraient attaqué le vieux bois du rucher. L'odeur de la cire perçait mes narines.
Quel oiseau lève-tôt embrouillait leurs paroles par instant ? … Je ne m'en souviens pas. Je me souviens seulement que l'heure était devenue grave tout à coup. Qu'elle pesait lourd dans leur bouche. Que les mots s'accrochaient à leurs lèvres comme pris dans les dents d'un peigne.
J'avais encore dans le corps
La légèreté de l'enfance.

Mais d'un coup je me remplissais
Du poids de l'homme
Et de ses supplices."