Enfants écrivains : rencontre avec Kawthar Mhammedi, éditée à 14 ans

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/06/2013 à 14H24, publié le 30/03/2012 à 19H15
"Nils et la prophétie" de Kawthar Mhammedi 

"Nils et la prophétie" de Kawthar Mhammedi 

© Aurore Petit / Mouck

Kawthar Mhammedi avait 13 ans quand elle a écrit "Nils et la Prophétie", un conte pour enfants étrange où les enfants et les adultes ne vivent pas sur la même planète.

Dans ce monde, ce sont des "machines à savoir " qui enseignent aux enfants. Un triste Sire règne sur la planète, le "Grand Sapiens", qui ne mange ni ne boit, mais parle sans jamais s'arrêter et conte " toutes les vérités du monde". Il est le seul adulte à vivre sur la planète des enfants, à part les parents d'Adam, qui ont "raté la vie". Pour aller dans le monde des adultes (planète "Domus"), il faut passer la porte. Nils aimerait y rejoindre ses parents et na qu'un désir : devenir écrivain ...

"Nils et la prophétie", Kawthar Mhammedi

"Nils et la prophétie", Kawthar Mhammedi

© Aurore Petit / Editions Mouck

Aujourd'hui Kawthar Mhammedi a 16 ans, elle est en première scientifique. Elle vit avec ses quatre frères et soeurs à la Ferté-Bernard dans la Sarthe et tient à préciser qu'elle n'a pas pris la grosse tête. Ellle se souvient simplement avec plaisir de cette aventure littéraire.

Comment as tu commencé à écrire?
J'avais 13 ans. J'écrivais déjà un peu. Des petites choses comme ça, sur des coups de tête. J'avais même déjà commencé à écrire un roman. Mais j'avais pas dépassé les 5 chapitres. Je me disais que ça n'intéressera personne. Et puis je suis tombée sur un article du Petit Quotidien, qui parlait des éditions Mouck. Ca été une illumination. Je me suis dit "on peut être publié même si on est un enfant !" Alors j'ai décidé d'écrire une histoire spécialement.

Comment t'es venue l'idée de cette histoire?
En fait ça correspond à mon année scolaire. J'ai pioché des idées de mes cours de français. Par exemple, on avait étudié  "Le merveilleux voyage de Nils Holgersson à travers la Suède" en cours de français. Alors j'ai choisi ce prénom pour le héros de mon livre. Je me suis mise un jour devant mon PC et j'ai commencé à écrire. J'étais étonnée, c'est venu assez facilement. C'était l'année de mon brevet. C'était aussi un coup de gueule contre le monde des adultes. Quand on est dans sa crise d'adolescence, on aime bien se différencier, être original, différent, créer des choses nouvelles.

Comment s'est passé le travail avec l'éditeur?
Il m'a répondu tout de suite. Et m'a dit que mon texte était intéressant et profond pour un texte écrit par une enfant de mon âge. Mais il m'a dit qu'il ne comprenait pas très bien la morale de mon histoire. Il m'a donné des conseils pour éclaircir tout ça. Alors j'ai repris le texte, mais finalement je n'arrivais pas à changer seulement un paragraphe. Alors j'ai écrit une nouvelle histoire, complètement différente. L'éditeur m'a dit "Bon on repart sur ta première histoire". Il m'a avoué après qu'il testait les enfants, pour être sûr que c'était bien eux qui écrivaient et pas les parents derrière.

Et tes parents, comment ont-ils réagi?
Au début je ne leur ai rien dit. Je savais qu'ils n'y croiraient pas. A la fin, j'ai donné mon histoire truffée de fautes d'orthographes à ma mère, pour qu'elle corrige. Et puis j'ai envoyé à l'éditeur. Mon père n'a lu l'histoire que quand elle a été publiée. Ca m'a fait plaisir. A la fin de la lecture, il est resté sans voix. Et il l'a relue une deuxième fois. Les adultes lisent ce qu'écrivent les enfants autrement, avec des idées préconçues en tête. Alors il a fallu qu'il relise une deuxième fois, pour voir que le texte n'était pas si simple.

Qu'as-tu ressenti en voyant le livre publié?
On a reçu un colis. Je savais ce qu'il y avait dedans. Alors il y a eu un petit cérémonial quand je l'ai ouvert. C'était très émouvant. J'ai relu l'histoire. D'une manière différente en me mettant à la place d'un lecteur. L'histoire n'était plus que pour moi, elle pouvait être lue par des centaines de lecteurs. C'était très émouvant et très intéressant.

Qu'est-ce que ça a changé dans ta vie?
Ca m'a apporté de la confiance en moi. Et ça m'a permis de découvrir ce qui se cache derrière un livre, et que j'ignorais. Je suis allée dans des salons du livre. J'ai rencontré des auteurs, des illustrateurs. C'était vraiment intéressant. En tous cas, je pense pas avoir pris la grosse tête ! Plus tard je veux pas spécialement être écrivain, je pense qu'il faut beaucoup de talent pour être écrivain et vivre de son travail. Je serais heureuse si je pouvais éditer un autre livre. Mais pour l'instant, je n'ai rien écrit qui me paraît intéressant. En plus j'ai pas beaucoup de temps. Je suis maintenant en 1ère et j'ai le bac français à la fin de l'année.

Qu'est-ce que tu penses de l'idée d'éditer des textes écrits par les enfants ?
Je trouve ça bien. Il n'y a pas de raisons d'éditer que les adultes. Surtout les livres pour la jeunesse. Ca rend la littérature plus "universelle". Avant, quand j'étais petite, je voyais les écrivains comme des demi-dieux. Pour moi c'était pas des gens normaux, c'était forcément des gens ultra doués. Là, ça fait comprendre que c'est accessible. Et je trouve ça bien. Et puis les enfants n'écrivent pas comme les adultes. C'est plus direct. Moins hypocrite. Et leur monde aussi est différent. On dit que l'enfance c'est le monde de l'innocence, mais dans ces livres on voit bien que les enfants ne sont pas si innocents. Ils ont leur monde à eux. Et c'est bien qu'ils puissent l'écrire, et que d'autres enfants puissent les lire. C'est courageux de la part d'une maison d'édition de publier les enfants, de prendre de risque. Je trouve ça bien aussi parce je sais qu'aujourd'hui dans la littérature jeunesse on fait des études pour cerner les enfants, savoir ce qui va leur plaire... C'est plus de la littérature, c'est du marketing !

Tu vas arriver dans le monde des adultes, ça te fait quoi?
L'enfance peut se prolonger. C'est plus un état intellectuel qu'un état physique. Ca me fait un peu peur l'avenir en tant qu'adulte. Ca me fait penser à quelque chose : quand j'étais petite, je me demandais quand arriverait le moment où je serais assez grande pour voir la tête de la postière derrière le guichet. Maintenant je ne suis plus si pressée.

Nils et la prophétie
Kawthar Mhammedi, illustré par Aurore Petit
14 Euros

 

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