C'est le début d'un des plus beaux airs d'opéra français, dans les Pêcheurs de perles. Mais cela dit aussi exactement l'acte de la mémoire, la remémoration. Là le souvenir des choses belles qu'on a vues et entendues, des gens étonnants qu'on a rencontrés, remonte en bouffées vivantes : embellies peut être, car c'est le passé ; mais fidèles, personnelles, vécues  et faisant de toute façon revivre de l'inoubliable.

André Tubeuf débarquait à Paris en 1946, petit étudiant de 16 ans, curieux, les oreilles et les yeux bien ouverts. Il découvrait le théâtre d'alors, Anouilh, la Comédie Française, bientôt le TNP de Vilar. Il découvrait le concert et l'opéra dont ensuite, de très longues années, il sera dans la presse française le connaisseur numéro 1. Mais en amateur toujours. Il enseignait la philosophie à Strasbourg, et c'est en privé, le plus souvent chez lui ou chez eux, qu'il rencontrait acteurs et musiciens, en hôte et ami. Tous les portraits ici rassemblés sont d'abord l'histoire de quelqu'un, avec une approche familière, un aperçu inattendu, d'Arthur Rubinstein et Edwige Feuillère à Gérard Philipe et Maria Callas, vingt autres encore, tous racontés à partir d'une première rencontre (« La première fois que... ») Tubeuf croit entendre encore ces bien aimés opéras de Mozart dont les personnages n'ont pas fini de lui révéler leurs arrière-plans. Son Dictionnaire amoureux de la Musique lui consacrait une entrée trop brève : il revient aux Noces, à Cosi, riche de l'expérience de soixante ans de théâtre, d'approches et interprètes divers. Ajoutons quelques thèmes majeurs, que l'opéra éclaire si bien : la solitude, la nostalgie. C'est en journaliste et écrivain professionnel que Tubeuf transmet ce qu'il lui semble entendre encore aujourd'hui, ce qu'il a exploré et aimé pour son instruction et pour son plaisir, en amateur.

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