160 p. - 15,00 €

Ici, l’« Ici » majuscule de Christine Van Acker, n’est pas le « là » de tout le monde, un lieu-dit parmi d’autres, c’est son lopin d’élection. Un village à l’écart où elle réside dans l’ancien « café de la jeunesse ». En rupture de ville, elle a choisi la campagne pour passer de l’urbanisme à l’urbanité, de la grisaille planifiée à la bienveillance spontanée, du dernier cri aux gens du cru. Ce qu’elle nous dit là d’Ici est un herbier d’impressions émues, une collecte de sentiments vifs et saillies brèves éprouvés par un couple de citadins immergés dans une ruralité accueillante. Un couple, néanmoins toujours entre deux mondes, pris entre les visites de ceux de « là-bas », la ville au loin, et la découverte de ceux d’Ici, devenus la fratrie quotidienne. « Chez ces gens-là », on ne triche pas trop, on « se balade peu », on rend service, on boit dru et on pisse raide, on vit selon. Il y a Albert qui chôme comme il respire, la horde des « barakis » repliée dans son repaire barbare, les voisins, les arbres, le ciel, le cimetière et les sentiers. Il y a même « la descente de la mort qui tue ». Mais l’hôte majeur, c’est le temps et cette quatrième aiguille, figée, de l’horloge : l’ennui. Car, qu’on le veuille ou non, l’ennui est à la campagne ce que le stress est à la ville, et Christine Van Acker, au fil de ces feuillets regroupés d’une néorurale, se livre à une patiente analyse de la perception du temps : « grosse bouchée qui ne veut pas passer », cette « pelote que même le chat ne remarque plus », le temps collé à la tempe pour la « roulette russe d’une journée à vivre, ou non ». Alors bienvenue « Ici » où « nul ne pourrait dire qui, du vivant ou du mort, est le voisin de l’autre ».

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