Hausse de la TVA de 5 à 7 % : la chaîne du livre chiffonnée

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 15H16, publié le 17/11/2011 à 10H20
Librairie Le Parfeuille à Uzès dans le Gard

Librairie Le Parfeuille à Uzès dans le Gard

© Mark Laap@ge

Le livre, contrairement à la charcuterie, n’est pas un bien de première nécessité. Il devra donc subir la hausse de son taux réduit de TVA de 5.5 à 7 %. La hausse concerne aussi le cinéma, les musées, les concerts ... Le monde de la culture s'inquiète.

Les libraires indépendants protestent. Déjà menacés par l’essor du numérique (sites de vente sur internet et développement du livre numérique), ils risquent d’être fragilisés encore par cette réforme.

"Cette mesure va toucher l'économie déjà hyper fragile de la chaîne du livre", s'inquiète Yannick Poirier, responsable de la librairie parisienne Tschann. "L’incidence est énorme. Avec un chiffre d’affaires de 1.5 millions d’euros, le montant de la TVA que nous allons reverser à l'Etat va augmenter de 6000 euros l'année prochaine."

A la librairie Le Parefeuille à Uzès dans le Gard, même constat : "Il va y avoir des conséquences immédiates. Dont certains libraires ne se remettront pas. On arrive à la période de Noël, qui est celle où nous recevons le plus de stock. Ce stock nous allons l'acheter à 5.5 % de TVA or nous n' allons pas augmenter les prix des livres fixés par les éditeurs. L’année prochaine, il faudra reverser une TVA de 7 %" explique Yves Mandagot. "Du coup pour nous c’est une perte immédiate de 1.5 %. Ensuite, les éditeurs auront le choix d’augmenter (ou pas)  le prix des livres, auquel cas c’est  le lecteur qui paiera l’addition."

Librairie jeunesse Tschann, Paris

Librairie jeunesse Tschann, Paris

© Tschann jeunesse

Mobilisation de la chaîne du livre

L’inquiétude est partagée. Syndicats et associations protestent. Le MOTif (Observatoire du Livre et de l’écrit en Ile de France) a lancé une pétition et  Vincent Monadé, son directeur, s’indigne dans son blog, que "le gouvernement auquel appartient le Ministre de la Culture met en danger, pour trois francs six sous (car rien à voir avec le bâtiment ou la restauration en terme de retours fiscaux potentiels), l'équilibre précaire sur lequel repose la chaîne du livre."

De son côté, Yannick Poirier a fait une enquête auprès des acteurs de la chaîne du livre : éditeurs, libraires, imprimeurs, relieurs, tous concernés par cette mesure et doit rencontrer des parlementaires dossier sous le bras dans les semaines à venir.

Les libraires ne comprennent pas cette réforme, dans un contexte récent où les pouvoirs publics tentent par ailleurs de soutenir les librairies indépendantes en mettant en place le LiR un label qui a pour mission de valoriser et de soutenir le travail des libraires indépendants, et le PULN, prix unique du livre numérique.

Enquête à Toulouse

France 2/ I. Delion et O. Combes


La culture dans la cité

Pour Yves Mandagot, "il y a une question philosophique derrière tout cela : faut-il considérer la culture comme un bien de luxe, ou un bien accessible à tous?" Et c’est ça qui le met en colère. "Nous avons en France un réseau de librairies indépendantes unique au monde. Cette exception française est menacée."

Yves Poirier considère la librairie comme un service public, "qui joue un rôle dans la cité". On est dans un contexte de crise, certes, mais je pense que c'est aussi par l'éducation qu'on évitera le pire" ajoute Yannick Poirier. "En France on se targue d'avoir à moins de 20 minutes de n'importe quelle habitation accès aux produits de première nécessité. Autrefois, les biens culturels en faisaient partie. Aujourd'hui plus, apparemment."

La mesure devrait entrer en application au 1er janvier 2012.