Freedom, la liberté selon Jonathan Franzen

Par @Culturebox
Mis à jour le 10/12/2012 à 13H39, publié le 16/09/2011 à 15H08
Paruline azurée objet de toutes les attentions de Walter

Paruline azurée objet de toutes les attentions de Walter

© Mdf Wikipedia Commons

Great American Novelist », le grand romancier américain. C’est le titre enviable décerné à Jonathan Franzen par le magazine Time après le triomphe Outre-Atlantique de son quatrième roman, « Freedom » . Une rare distinction illustrée par un portrait en couverture où l’écrivain offre au lecteur du magazine - à l’exemple de ses personnages - un regard quelque peu perdu.

En trois décennies d’une chronique familiale fouillée, de la fin des années 70 jusqu’au crépuscule de la présidence Bush, Franzen autopsie méticuleusement une psyché américaine désabusée.
La pénible question est « que font les Américains de leur liberté ? »
Le diagnostic de Franzen – s’il en pose un – ne réjouira pas forcément le lecteur.

Dans la famille Berglund : Patty, la mère. Gros morceau de l’ouvrage, son autoportrait lucide, apitoyé mais amusé, est touffu et apparemment sans issue heureuse.
Un peu alcoolique, beaucoup névrosée et empoisonnée par un esprit de compétition contracté aux débuts d’une carrière prometteuse mais foutue de basketteuse, Patty n’est pas à la fête.

Walter, son vertueux époux dévoie rageusement ses idéaux écolos en livrant la nature qu’il désespère de protéger aux appétits du pire de l’Amérique.
Pour le salut d’un obscur volatile, «  bleuté, petit, l’air peu intelligent », l’improbable mais bien réelle paruline azurée (Dendroica cerulea), Walter va offrir de vastes territoires vierges à une vorace entreprise bushienne qui ravagera les montagnes à l’explosif. Souvenir du sinistre paradigme de la Guerre du Viet-Nam, : « Nous devons raser ce village pour son bien. »

Enfin Richard, le meilleur ami de Walter, nihiliste et sosie musicien de Khadafi, vient former avec le couple un triangle amoureux mal barré. Dans son orbite, le reste de la parentèle des Berglund tourne à peine plus rond…

Franzen a déjà connu en 2001 la révérence de la critique et la satisfaction des meilleures ventes avec « Les Corrections », son troisième livre, qui s’apparente à bien des égards à
« Freedom ».

Au-delà de son volume, plus de 700 pages, « Freedom » est-il un grand livre ? Peut-être que non.

Avec sa netteté, le style Franzenien ne brille pas plus que ça même si les finesses d’esprit du livre et sa construction à la fois coulante et fragmentée sont sans défaut.

Tout auréolé de lauriers (un million d’exemplaires vendus outre-Atlantique et une conquête du monde en cours via une traduction en 36 langues) « Freedom » vient à peine de sortir en France (Editions de l’Olivier).

Toutefois si Franzen quitte ses personnages à l’aube de l’ère Obama, « Freedom » n’a-t-il pas été écrit au XXe voire au XIXe ?  On pourrait le croire.