Un musée Jean Cocteau à Menton

Par @Culturebox
Mis à jour le 08/12/2016 à 13H58, publié le 06/11/2011 à 14H03
Musée Jean Cocteau à Menton dans les Alpes Maritimes

Musée Jean Cocteau à Menton dans les Alpes Maritimes

© FRUMM John / hemis.fr/AFP

Grâce à la donation du milliardaire Séverin Wunderman, un musée Jean Cocteau a ouvert ses portes le 6 novembre 2011 à Menton. Le lieu, imaginé par l'architecte Rudy Ricciotti abrite désormais la plus grande collection publique mondiale consacrée au poète-artiste.

Séverin Wunderman fit fortune en Amérique dans l'horlogerie de luxe et  collectionna dès l'âge de 19 ans des dessins de Cocteau. En 2005 il donne à la  ville de Menton 1 800 œuvres dont 990 de Jean Cocteau. Il pose une condition : ces œuvres doivent être exposées dans un musée.

 

Le musée Cocteau de l'architecte Rudy Ricciotti

Le musée Cocteau de l'architecte Rudy Ricciotti

© Agence Rudy Ricciotti

 

C'est chose faite: un écrin blanc aux formes méandreuses dessiné par l'architecte Rudy Ricciotti abrite la plus  grande collection publique mondiale du poète. Dessins, peintures, céramiques,  tapisseries, livres, manuscrits, photographies de Cocteau, œuvres de ses amis  (Picasso, Modigliani, Foujita, De Chirico)... Le musée projette aussi des  extraits de ses films.

« Un objet difficile à ramasser »

C'est ainsi que l'artiste qualifie lui-même son œuvre éclectique.

"Cocteau détestait les musées, qui tuaient selon lui la vitalité d'une  œuvre", explique la conservatrice Célia Bernasconi. La sélection de 250  œuvres se veut "une promenade" à travers une vie intensément créative  (1889-1963). Quatre collections seront exposées tour à tour pendant un an.

Homme de lettres et dandy anti-conformiste, Cocteau a exploré tous les  genres, de la poésie à la prose. Homme de spectacle, il s'est mué en metteur en  scène, acteur, décorateur, librettiste. "Il ne faut pas taxer Cocteau de "dispersion", juge l'expert François Nemer  dans un article du catalogue, "sa recherche profonde et parfaitement cohérente  touche précisément à la synthèse des arts". Cocteau conçoit par exemple en 1917 un livret pour les Ballets russes,  "Parade", sur une musique de Satie et avec des décors de Picasso.

« Un poète qui dessine »

Le nouveau musée expose beaucoup de dessins et de caricatures, souvent  réalisés à la plume avec "virtuosité, une grande économie de moyens, et un  aspect cristallin", admire la conservatrice. "Il dira qu'il est un poète qui dessine".
A voir: de nombreux autoportraits, parfois sans visage, reflet narcissique  de sa longue quête d'identité. Même un portrait réalisé par son ami Modigliani  en 1916, le présente avec des traits effacés.

Après le décès prématuré en 1923 de son grand amour Raymond Radiguet  (auteur du "Diable au corps"), Cocteau se réfugie sur la côte d'Azur, à  Villefranche-sur-Mer, où il devient fumeur d'opium et réalise 31 autoportraits  tourmentés.
"C'est le poète qui se regarde dans le miroir et s'interroge sur son  activité". Obsédé par le mythe d'Orphée, il traverse les miroirs vers la mort à  la recherche d'Eurydice (et de Radiguet).

Les Japonais aiment Cocteau

"Cocteau est aujourd'hui plus reconnu en France pour ses écrits que pour  ses dessins, mais ses dessins font un retour en  force depuis une décennie", grâce entre autre à une exposition en 2003 au Centre  Georges-Pompidou, note Célia Bernasconi.

Prisée au Japon ou aux Etats-Unis, "son œuvre représente une certaine idée  de la France. Les Japonais aiment son sens de la spontanéité, qui peut être  rapprochée de la calligraphie et ils ont adoré le film "La Belle et la Bête" (1946) avec son compagnon, l'acteur Jean Marais, exemple de "réalisme irréel, qui va devenir la quête de son art" rappelle Célia Bernasconi.

Cocteau et la ville de Menton : une vieille histoire d'amour

Dans les années 50, Cocteau réside essentiellement chez son amie et mécène Francine Weisweiller, dans une villa de Saint-Jean-Cap-Ferrat où il  dispose d'un atelier.
Le maire de Menton  lui demande en 1956 de décorer la salle des mariages de  l'hôtel de ville d'immenses fresques murales, "tatouages" inspirés du mythe  d'Orphée. La ville offre aussi à son citoyen d'honneur un vieux bastion pour  y loger ses œuvres méditerranéennes. Cocteau y consacre trois ans de  réflexion, mais meurt avant l'ouverture en 1966 de son premier musée mentonnais.

MUSEE JEAN COCTEAU - Collection Séverin Wunderman

Musée Jean-Cocteau - collection Séverin Wunderman, Menton
Ouvert tous les jours de 10h à 18h
Entrée: 6 euros (avec musée du Bastion), 8 euros (avec exposition temporaire)