Turquie : la romancière Asli Erdogan reste en prison

Par @Culturebox
Publié le 05/09/2016 à 19H26
La romancière turque Asli Erdogan, en 2006 à Saint-Malo.

La romancière turque Asli Erdogan, en 2006 à Saint-Malo.

© Ansersen Ulf / Sipa

La romancière turque Asli Erdogan, 49 ans, est emprisonnée depuis mi-août pour des articles dans un journal pro-kurde. En dépit de l'indignation qu'a soulevée son arrestation et une pétition internationale signée par 30.000 personnes, un tribunal a rejeté lundi sa demande de remise en liberté. Elle restera donc en prison jusqu'à son procès dont la date n'est pas encore connue.

Une pétition restée lettre morte au tribunal

Physicienne de formation engagée depuis une vingtaine d'années en faveur de la défense des minorités (Kurdes, Arméniens, transexuels etc), cette militante a été arrêtée le 16 août pour sa collaboration avec le quotidien d'opposition pro-kurde Özgür Gündem, comme une vingtaine de journalistes du même titre, un mois après un putsch avorté qui a entraîné une vaste purge dans le pays.

Son arrestation a provoqué une vague d'indignation en Turquie et dans le monde, relayée par de nombreux artistes, intellectuels et écrivains. Une pétition internationale réclamant sa libération immédiate a recueilli plus de 30.000 signatures et les appels se sont multipliés sur les réseaux sociaux.

Lundi, un tribunal d'Istanbul a rejeté la demande formulée par la pétition, a indiqué Cihat Duman, l'un de ses avocats, précisant qu'ils allaient faire appel de cette décision auprès de la Cour constitutionnelle.

Appel de RSF à une mobilisation internationale 

Lundi dans l'après-midi, quelques dizaines de personnes - dont des journalistes, écrivains et associations de défense des droits de la femme - se sont rassemblées devant la prison pour femmes de Bakirköy à Istanbul où est détenue Asli Erdogan. L'écrivaine y a été déférée pour "propagande en faveur d'une organisation terroriste", "appartenance à une organisation terroriste" et "incitation au désordre".

"Elle a besoin du soutien des écrivains internationaux et d'une mobilisation de la société civile", a déclaré à l'AFP Erol Önderoglu, représentant de Reporters sans frontières (RSF) en Turquie. "Il faut continuer à faire pression", a-t-il ajouté, dénonçant un "climat d'arbitraire" créé par l'état d'urgence en Turquie.

Contacté par l'AFP, le porte-parole de la présidence n'a pas souhaité s'exprimer sur le dossier. Physicienne de formation et lauréate de nombreux prix, Asli Erdogan a vu ses romans traduits dans plusieurs langues. Le dernier paru, "Le Bâtiment de pierre" (Actes Sud, 2013), dénonce la torture et les conditions de détention en Turquie. La date de son procès n'est pas encore connue, l'inculpation n'ayant pas encore été formulée officiellement, selon son avocat.