Saint-Malo fête ce week-end les 25 ans d'Etonnants Voyageurs

Par @Culturebox
Mis à jour le 24/05/2015 à 17H06, publié le 21/05/2015 à 11H35
Des visiteurs parcourent les stands du festival (ici en 2010).

Des visiteurs parcourent les stands du festival (ici en 2010).

© FRED TANNEAU / AFP

Plus de 200 écrivains, intellectuels, artistes et cinéastes, dont de nombreux étrangers, seront réunis ce weekend à Saint-Malo pour dresser un état des lieux du monde à l'occasion de la 25e édition du festival Etonnants Voyageurs qui se tient jusqu'à lundi soir, le 25 mai.

Le festival Etonnants Voyageurs fête cette année ses 25 ans d'existence et de regard littéraire sur le monde. 

Reportage : D. Poncet, JC Duclos, R. Attal et R. Morez.


Regard d'ailleurs sur la France d'après les attentats de janvier 

Quelques mois après les attentats de janvier, ce festival unique en son genre s'interrogera par le texte, l'image et les débats, sur "les fractures qui travaillent la société française et l'effritement du lien social", selon les mots de Michel Le Bris, directeur du festival.
Miche Le Bris, directeur du festival.

Miche Le Bris, directeur du festival.

© ANDERSEN ULF/SIPA
Loin de mots brandis comme des "talismans" - tels que "République" ou "Laïcité"- il s'agira aussi de "réfléchir à une manière de vivre ensemble, plus riche qu'aujourd'hui (...), d'oser penser une France tout à la fois une et plurielle dans la richesse de sa diversité, bien loin de tout communautarisme" et de "se risquer dans ce monde (...) pour apprendre de lui, en mettant entre parenthèses nos a priori", affirme le  fondateur d'Etonnants Voyageurs.

Les invités attendus, venus d'une quarantaine de pays, reflètent bien cette diversité, parmi lesquels les Etats-Unis (Russel Banks, Anthony Doerr, Philipp Meyer ou Katherine Howe), l'Algérie (Kamel Daoud, Boualem Sansal ou Yahia Belaskri) ou bien sûr Haïti avec laquelle le festival entretient de longue date des liens privilégiés. L'île caribéenne sera l'un des pays les plus représentés avec huit écrivains, du patriarche Frankétienne aux "jeunes pousses" James Noël et Makenzy Orcel.

Les prix

Le festival est également l'occasion de décerner des prix dans l'esprit des "Etonnants voyageurs" : 
- Le prix Ouest-France/Etonnants Voyageurs, choisi par un jury de dix lycéens, a été décerné ce 24 mai à Sylvain Coher pour "Nord-nord-ouest", huis-clos maritime publié aux éditions Actes Sud.
- Le prix Joseph Kessel, distinguant une oeuvre qui se situe dans "l'héritage spirituel" du grand écrivain, a été attribué à Eric Vuillard pour "Tristesse de la terre" également aux éditions Actes sud, un récit dans les pas de Buffalo Bill à l'époque de la conquête de l'ouest.
- Le prix des Gens de mer, destiné à récompenser l'auteur d'un livre récent ayant un caractère maritime au sens le plus large, a été attribué à Nicolas Cavaillès pour "Pourquoi le saut des baleines?" aux éditions du Sonneur.
- Le prix Ganzo de poésie, du nom du poète vénézuélien Robert Ganzo, est revenu à Valérie Rouzeau, auteur d'une oeuvre importante et reconnue.
- Le prix de l'imaginaire a été décerné pour le roman francophone à Christophe Lambert pour "Aucun homme n'est une île" (J'ai lu, Nouveaux millénaires) et, pour le roman étranger, à Peter F. Hamilton pour "La grande route du nord" chez Bragelonne.
- Les prix Littérature Monde, décernés par l'association Etonnants Voyageurs avec l'Agence française de développement (AFD), ont été remis à la romancière Simone Schwarz-Bart, pour "L'ancêtre en solitude" (Seuil) et l'écrivain américain Philipp Meyer, pour "Le Fils" (Albin  Michel).
- Le prix Nicolas Bouvier a été remis samedi soir à  l'écrivain italien Paolo Rumiz pour "Le phare, voyage immobile", aux éditions Hoëbeke.

Côté documentaires

La partie cinéma du festival s'est considérablement développée depuis quelques années et une centaine de moyens et longs-métrages seront projetés en trois jours. En résonance pour partie avec l'actualité internationale, l'accent sera mis sur la production documentaire. Parmi les documentaires inédits, "Le bouton de nacre", du Chilien Patricio Guzman, qui dresse un parallèle entre une "mémoire de l'eau" et celle des disparus jetés à la mer sous la dictature d'Augusto Pinochet. 

Ou encore "Jharia, une vie en enfer", de Jean Dubrel et Tiane Doan Na Champassak, sur une ville du nord-est de l'Inde où les mines de charbon sont ravagées par le feu, rendant insupportable la vie des centaines de milliers d'habitants.

Francophonie, mondialisation et migrations

Pour cette 25e édition, le festival, qui débattra également de la place de la langue française dans le monde, accueillera la nouvelle secrétaire générale de la Francophonie, Michaëlle Jean, née en Haïti et gouverneur général du Canada de 2005 à 2010. Michaëlle Jean a remplacé officiellement depuis le début de l'année l'ancien président sénégalais Abdou Diouf.

Une matinée de rencontre sera consacrée à la francophonie, "un enjeu capital dans la mondialisation" et la présence de Michaëlle Jean appporte "une dimension symbolique forte", fait valoir Michel Le Bris. 

Eternel guetteur "d'un monde en mouvement", Etonnants Voyageurs abordera aussi le thème des migrations, des frontières, de l'exil et de l'exode, à travers notamment plusieurs documentaires. On y débattra aussi du retour du religieux et de l'éventuel parallèle entre la période actuelle et les années 1930.

Hommage à Boris Pahor et Michel Serres

La poésie, le livre policier, l'imaginaire, l'aventure maritime, les voyageurs d'aujourd'hui, le secteur jeunesse - avec 70 auteurs et illustrateurs, la bande dessinée, mais aussi les expositions prendront également toute leur place pendant ces trois jours durant lesquels le festival rendra hommage à Boris Pahor, écrivain slovène de Trieste et rescapé des camps, habitué de Saint-Malo et qui célébrera bientôt 101 ans.

Un après-midi "pour saluer Michel Serres" est également programmé en présence du philosophe et académicien sous le thème "Fictions de la science, science-fiction".