Prisonniers politiques: des écrivains russes boycottent une réunion avec Poutine

Par @Culturebox
Publié le 20/11/2013 à 14H49
L'écrivain russe Boris Akounine (novembre 2013)

L'écrivain russe Boris Akounine (novembre 2013)

© Maxim Blinov / AFP

Plusieurs écrivains russes connus ont annoncé mercredi qu’ils ne participeraient pas à une grande réunion de la communauté littéraire avec Vladimir Poutine jeudi. L’un d’entre eux, Boris Akounine, a expliqué qu’il refusait de cautionner l’existence de prisonniers politiques.

Une réunion doit rassembler jeudi plus de 500 écrivains, poètes, chroniqueurs, traducteurs ou professeurs de lettres autour du président russe Vladimir Poutine, pour se pencher sur les problèmes du secteur littéraire, selon un communiqué du Kremlin.
 
Boris Akounine, auteur notamment de romans policiers historiques traduits dans le monde entier et proche de l'opposition russe, a raconté sur son blog avoir refusé de s'y rendre en raison de la présence de M. Poutine. "Tant qu'il y a dans le pays des prisonniers politiques, je ne peux pas me trouver à proximité du dirigeant, dans la même pièce que lui", écrit-il.
 
"Je discuterai avec plaisir avec Poutine de littérature et de lecture une fois que tous les ‘politiques’ seront libérés", ajoute-t-il. "Il promettent une amnistie prochaine. Voyons si elle va s'appliquer aux prisonniers du 6 mai", poursuit-il. Il s’agit de personnes arrêtées après avoir participé à une manifestation contre le régime en 2012.
 
Boris Akounine refuse de se réunir avec un "dirigeant autoritaire"
"Voyons si un troisième procès contre Khodorkovski est lancé. Voyons si Nadejda Tolokonnikova et Maria Alekhina sont libérées", dit-il encore, évoquant  l'ex-magnat du pétrole et contradicteur du Kremlin, en prison depuis 2003, et les deux jeunes femmes du groupe contestataire Pussy Riot qui purgent une peine de deux ans de détention.
 
Pour Boris Akounine, accepter de se réunir "autour d'un dirigeant autoritaire" revient "à approuver ses méthodes". Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a rétorqué que la position de l'auteur relevait du "nihilisme" et n'était "pas constructive".
 
Dmitri Bykov, un autre écrivain renommé également proche de l'opposition, a aussi annoncé qu'il ne participerait pas à la réunion. "Est-ce qu'il s'agit d'inventer une nouvelle idéologie ou bien de sauver la littérature enfantine et créer un syndicat de l'édition qui défendrait les  droits d'auteur ?", a-t-il dit sur la radio Echo de Moscou. "Je ne crois pas actuellement au dialogue avec le pouvoir en place", a-t-il  ajouté.

Le quotidien Vedomosti a dénoncé mercredi dans un éditorial la perspective de voir renaître une Union des écrivains à l'image de celle de l'époque soviétique, qui distribuait avantages et privilèges tout en assurant le contrôle idéologique des auteurs.