Mort de John Berger, écrivain britannique marxiste et proche des Black Panthers

Par @Culturebox
Mis à jour le 03/01/2017 à 15H26, publié le 03/01/2017 à 13H04
L'écrivain John Berger en 2009.

L'écrivain John Berger en 2009.

© ULF ANDERSEN / AURIMAGES

L'écrivain britannique John Berger, qui était également peintre et critique d'art reconnu, est mort à l'âge de 90 ans près de Paris. Très prolifique auteur de romans, d'essais, de pièces de théâtre et de recueils de poésie, il avait reçu le Man Booker Prize pour son roman "G". Il fit sensation en en partageant la dotation avec les Black Panthers, mouvement qu'il soutenait.

L'écrivain britannique John Berger est mort le 2 janvier à Antony près de Paris (dans les Hauts-de-Seine), a annoncé son fils Jacob Berger, "à la maison entouré par les siens (...) de manière très sereine", précisant qu'il avait été hospitalisé quelques jours avant pour une insuffisance rénale. John Berger résidait depuis quelques années à Antony, après avoir longtemps vécu à Quincy, un village de Haute-Savoie, selon les Editions de l'Olivier, sa maison d'édition française.

Peintre et critique d'art avant d'être écrivain 

"Le miroir a souvent été utilisé comme symbole de la vanité féminine. Toutefois ce genre de moralisme est des plus hypocrites. Vous peignez une femme nue parce que vous aimez la regarder, vous lui mettez un miroir dans la main puis vous intitulez le tableau "Vanité", et ce faisant vous condamnez moralement la femme dont vous avez dépeint la nudité pour votre propre plaisir". Voici ce qu'on peut lire sur la couverture même de "Voir le voir" ("Ways of seeing"), recueil de 7 essais publié en 1972 (traduit en français en 1976), l'un de ses grands succès de librairie : la force et l'humour de John Berger, peintre et essayiste sur l'art avant d'être romancier. Ecrivain "visionnaire", écrit le quotidien britannique The Guardian, Berger avait "contribué à transformer la manière dont toute une génération regardait et percevait l'art".

Né à Londres en novembre 1926, John Berger enseigne le dessin de 1948 à 1955, avant de devenir, à partir de 1952, un critique d'art reconnu. "Passionné par les formalistes et les constructivistes russes", précise-t-on à l'Olivier, son éditeur, il écrit sur "Courbet, Cézanne, Picasso, Dürer, Le Titien". Artiste prolifique, il est aussi essayiste, dramaturge, poète, peintre et scénariste. En 1958, il publie son premier roman : "Un Peintre de notre temps".
 En 1972, il est lauréat du Man Booker Prize, le plus prestigieux des prix littéraires de langue anglaise, pour son roman "G.", l'histoire du fils bâtard d'une aristocrate anglaise et d'un négociant italien.

Intellectuel engagé

Il fait alors sensation en offrant la moitié de la dotation de ce prix au mouvement des Black Panthers, fidèle à ses convictions d'intellectuel engagé, pourfendeur du libéralisme et défenseur des "sous-classes".  "Jamais auparavant la dévastation provoquée par la poursuite du profit, telle que la dicte le capitalisme, n'avait eu l'ampleur qu'elle a aujourd'hui",  écrit-il en 2005 dans le Monde diplomatique. "Comment, dès lors, est-il possible de ne pas tenir compte de Marx, qui a prophétisé et analysé cette dévastation? Peut-être est-ce parce que les gens, beaucoup de gens, ont perdu tous leurs repères politiques. Sans carte, ils ne  savent pas où ils vont". "Il n'y a pas un texte de John qui ne soit pas imprégné d'un regard politique", a souligné Jacob Berger. "C'était un ami du sous-commandant Marcos, c'était un ami du peuple palestinien (...) qui avait une position politique extrêmement forte sans être un communiste borné et dogmatique", a-t-il ajouté. John Berger, a poursuivi son fils, s'était d'ailleurs installé en France pour  fuir l'Angleterre "extrêmement anti-communiste" des "années 50 et du début des  années 60". En France, "il y avait un équilibre qui tendait beaucoup plus vers le soutien sinon à l'Union soviétique en tout cas à l'idéal communiste et marxiste".

 "John Berger a changé la manière dont nous voyons le monde", a abondé sur Twitter le leader du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn. "C'était un défenseur du socialisme, et d'une vie plus douce et généreuse pour tout un chacun".