Livres : deux ans après Fukushima, la catastrophe vue de l'intérieur

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 05/03/2013 à 18H23, publié le 05/03/2013 à 11H52
Naoto Matsumura le 2 novembre 2011. Dans un paysage aux couleurs automnales, le dosimètre indique 5 microsieverts par heure à 1,50 m du sol. Cela correspondrait sur une année à près de 44 fois la dose autorisée pour les populations. 

Naoto Matsumura le 2 novembre 2011. Dans un paysage aux couleurs automnales, le dosimètre indique 5 microsieverts par heure à 1,50 m du sol. Cela correspondrait sur une année à près de 44 fois la dose autorisée pour les populations. 

© Antonio Pagnotta

A l'occasion du 2e anniversaire de la catastrophe nucléaire survenue à Fukushima, plusieurs livres d'auteurs et journalistes japonais sont publiés en France tandis que 2000 images inédites la catastrophe ont été dévoilées récemment par TEPCO (Tokyo Electric Power Company).

Dans "Mille cercueils" (Seuil), le journaliste et écrivain Kôta Ishii raconte son voyage à Kamaishi, au lendemain du Tsunami. Pendant les deux mois qui suivent la catastrophe, Kôta Ishii assiste aux scènes terribles qui se déroulent dans les dépôts mortuaires, prend des notes, témoigne. "Il me semblait que c’était là, dans cet endroit singulier, qu’on pouvait le mieux rendre compte de la manière dont ces hommes et ces femmes continuaient à vivre avec, au cœur, le sentiment douloureux de voir leur terre couverte de corps sans vie. Pour traiter d’un tel sujet, rien ne me paraissait plus parlant que la froide réalité des cadavres."
Mille cercueils, Kôta Ishii

Mille cercueils, Kôta Ishii

© Seuil
Furukawa Hideo est né à Fukushima mais n’y était pas au moment de la catastrophe. Devant les images des médias, le choc le plonge dans une sensation d’irréalité qui le décide partir à Fukushima. De ce retour il a fait un livre, "Ô chevaux, la lumière est pourtant innocente" (Philippe Picquier).
 
Le nucléaire en question
Naoto Matsumura, 51 ans, refuse d’être évacué (4 juin 2011, Tomioka, 17 000 habitants avant la catastrophe).

Naoto Matsumura, 51 ans, refuse d’être évacué (4 juin 2011, Tomioka, 17 000 habitants avant la catastrophe).

© Antonio Pagnotta
Après la catastrophe, les habitants ont été évacués hors de la zone rouge, abandonnant animaux domestiques et animaux de ferme. L’ordre d’évacuation, initialement de 48 heures, a été prolongé et s'est finalement transformé en ordre permanent. Naoto Matsumura a refusé de quitter sa ferme, installée depuis cinq générations dans la région. Il est devenu un symbole de la révolte contre la puissance nucléaire. C'est son histoire que raconte "Le dernier homme de Fukushima", du photojournaliste Antonio Pagnotta, publié aux éditions Don Quichotte. Les photographies d'Antonio Pagnotta sont visibles sur le site de Mediapart ici
Le dernier homme

© Antonio Pagnetta / Don Quichotte
En BD, les éditions Le Lézard noir proposent de découvrir Fukushima sous un autre angle, celui des difficiles conditions de travail des employés de la centrale, 20 ans avant la catastrophe. "Poissons en eaux troubles" est une série de nouvelles illustrées de Susumu Katsumata entre 1985 et 1989.
Poissons en eaux troubles, les invisibles du nucléaire

Poissons en eaux troubles, les invisibles du nucléaire

© Susumu Katsumata / Le Lézard noir
Plusieurs textes seront également publiés en poche : "Fukushima, récit d'un désastre", de Michaël Ferrier chez Folio et "Fukushima, dans la zone interdite : voyage à travers l'enfer et les hautes eaux dans le Japon de l'après-séisme" de William T. Vollmann aux éditions Tristram, collection souple.
  
Images inédites

© TEPCO
Plus de 2000 clichés de Fukushima Daiichi ont récemment été dévoilés par Tepco (Tokyo Electric Power Company), la compagnie d’électricité gestionnaire de la centrale nucléaire accidentée. Ces photos, prises par les liquidateurs entre le 15 mars et le 11 avril 2011, le mois qui a suivi la triple catastrophe, montrent le site ravagé par les secousses, le tsunami et les explosions d’hydrogène successives. Elles montrent  les conditions de travail extrêmes dans lesquelles les ouvriers sont intervenus sur le site. TEPCO indique être en possession de plus de 800 autres photos, qu’il ne publie pas pour des raisons de sécurité.Toutes les images sont disponibles sur le site de TEPCO, ici. 

A noter aussi, un week-end consacré au Japon sur France Culture les 9 et 10 mars prochains