Le revolver avec lequel Verlaine blessa Rimbaud vendu 434.500 euros aux enchères

Par @Culturebox
Mis à jour le 01/12/2016 à 12H55, publié le 30/11/2016 à 18H19
L'arme du crime utilisée par Verlaine un soir de désespoir et qui faillit tuer Rimbaud

L'arme du crime utilisée par Verlaine un soir de désespoir et qui faillit tuer Rimbaud

© France 3 / Culturebox

Le revolver à six coups avec lequel Paul Verlaine tenta de tuer Arthur Rimbaud, un après-midi de juillet 1873 à Bruxelles, a été vendu 434.500 euros, mercredi 30 novembre chez Christie's à Paris.

Le 10 juillet 1873, à Bruxelles, le poète Paul Verlaine tire deux coups de feu sur son amant Arthur Rimbaud, épilogue d'une histoire d'amour faite de passion et d'alcool. Ce soir, le revolver en question a été vendu aux enchères à Paris. Le revolver, un Lefaucheux (célèbre marque de l'époque) à la crosse de bois, un six coups de calibre 7 millimètres, a été vendu 434.500 euros aux enchères. 

La découverte d'un trésor

Confisqué par la police, le revolver, d'un modèle très courant à l'époque, sera rendu à l'armurerie Montigny avant d'être cédé en 1981, au moment de la fermeture de ce magasin, à son actuel propriétaire, un huissier de justice belge, amateur d'armes à feu, nommé Jacques Ruth. Le revolver dort dans un placard. C'est en voyant au début des années 2000 le film sur les amours entre Rimbaud et Verlaine que Jacques Ruth se rend compte qu'il possède un trésor. Il contacte un conservateur de la Bibliothèque royale de Belgique, Bernard Bousmanne, commissaire d'une exposition consacrée à Rimbaud en 2004 à Bruxelles.

Les deux amants Verlaine et Rimbaud

Les deux amants Verlaine et Rimbaud

© France 3 / Culturebox

Passion et dépression 

Leurs amours furent tumultueuses. Après une brouille à Londres avec Rimbaud, Verlaine se réfugie à Bruxelles. Il est déprimé, suicidaire, et espère renouer avec son épouse Mathilde. "Il est dans un état d'esprit assez trouble, comme souvent. Chacun sait qu'il boit beaucoup", analyse Marc Danval, de l'association des amis de Rimbaud. Mais très vite, Rimbaud rejoint son ainé. Retrouvailles amicales puis orageuses aidées par l'Absinthe, la fée verte. 
Absinthe © France 3 / Culturebox

10 juillet 1873, 14H00, dans une chambre d'un hôtel de la rue des Brasseurs à Bruxelles, trois personnes sont réunies. Verlaine, sa mère et le jeune Arthur Rimbaud. L'ambiance est électrique. Soudain, deux coups de feu claquent. Avant de lui tirer dessus, Rimbaud raconte que Verlaine lui aurait dit: "Voilà pour toi puisque tu pars!".

La détonation et la vue du sang ont calmé tout le monde. Le trio se rend à l'hôpital. A peine pansé, Rimbaud songe à quitter Bruxelles pour Paris. Verlaine, qui a gardé l'arme avec lui, le menace à nouveau en pleine rue. Rimbaud hèle un policier qui arrête tout le monde.

Reportage : P. Verdeau / T. Nasri


Deux ans de prison pour Verlaine

On connait la suite. Verlaine est condamné à deux ans de réclusion à la prison de Mons. Derrière les barreaux (où il passera 555 jours), Verlaine écrira les 32 poèmes de "Cellulairement" qu'il dispersera dans les recueils "Sagesse", "Jadis et naguère", "Parallèlement" ou "Invectives". Rimbaud, rentré chez sa mère, se met à l'écriture d'"Une saison en enfer".
Verlaine et Rimbaud se reverront brièvement une dernière fois après la libération du premier, en février 1875, à Stuttgart où Rimbaud remet à son ami le manuscrit des "Illuminations".