La librairie Albertine, nouveau rendez-vous des lettres françaises à New York

Par @Culturebox
Publié le 22/10/2014 à 12H14
La librairie Albertine, sur la 5e Avenue à New York, a ouvert fin septembre 2014

La librairie Albertine, sur la 5e Avenue à New York, a ouvert fin septembre 2014

© JEWEL SAMAD / AFP

C'est le nouveau rendez-vous des lettres françaises à New York : la librairie Albertine, née à l'initiative de Antonin Baudry, conseiller culturel de l'ambassade à New York, plus connu pour la bande-dessinée "Quai d'Orsay", a déjà séduit depuis son lancement fin septembre des milliers de lecteurs et attiré de grands noms de la culture.

3.500 livres ont été vendus en trois semaines depuis l'ouverture

Nichée au coeur d'un hôtel particulier du Gilded Age (1902) sur la Cinquième avenue à New York, au sein des services culturels de l'Ambassade de France, Albertine est un peu son bébé, né cet automne après quatre ans de gestation. Canapés et fauteuils de cuir, grandes tables de bois, un plafond de constellations d'inspiration Renaissance, cet espace de 150 m2 sur deux étages se veut assez chaleureux pour inviter à la flânerie.

Quelque 3.500 livres ont été vendus en trois semaines depuis l'ouverture d'Albertine le 27 septembre. "On est pleins tout le temps, on est crevés" mais "ravis", s'enthousiasme François-Xavier Schmit, libraire toulousain sélectionné parmi plus de 100 autres candidats pour donner corps et vie à la librairie, riche de 14.000 titres.

"D'abord un lieu de rencontre avec des livres, des auteurs et des idées"

Depuis la fermeture en 2009 de La Librairie de France du Rockefeller Center, en plein coeur de Manhattan, la francophile New York n'avait plus de temple de la littérature francophone. Bien que plus excentrée, Albertine se veut une réponse à ce manque, offrant livres d'auteurs francophones en français et des traductions en anglais.

Mais c'est aussi et "d'abord un lieu de rencontre, avec des livres, des auteurs (...) et des idées", ainsi qu'une série de rendez-vous tout au long de l'année, explique son instigateur Antonin Baudry, conseiller culturel de l'ambassade à New York, plus connu pour la bande-dessinée "Quai d'Orsay", dont il est l'auteur.

Au total, quelque 5,3 millions de dollars, issus de fonds intégralement privés (riches fondations américaines ou de grandes entreprises) auront permis à cette librairiede voir le jour. Une librairie rattachée à l'ambassade, mais qui se veut "autonome" selon François-Xavier Schmit.

Foucault, Lacan et... Trierweiler dans un tiroir

Sur les étals, outre une traduction anglaise en avant-première du "Limonov" d'Emmanuel Carrère, qui sort cette semaine aux Etats-Unis, le visiteur peut retrouver les Cours au Collège de France (1979-1980) de Michel Foucault, partir sur les traces du psychanalyste Jacques Lacan, découvrir les grands titres de la rentrée littéraire en France ou se plonger dans des sections enfant ou bande-dessinée bien fournies.

On trouve aussi les confessions de l'ancienne compagne du président français, François Hollande, Valérie Trierweiler, mais seulement dans un tiroir, pas sur la table, pour ceux qui le réclament spécifiquement. "Ca fait tellement longtemps qu'on l'attendait... C'est une véritable réponse aux prières de la 'francofolle' que je suis", salue Ellen Count, qui tient un blog de littérature.

La librairie a déjà son festival

Un Festival culturel, qui s'est tenu  dernier, baptisé lui aussi du nom de l'héroïne proustienne, a rassemblé près de 1.200 personnes en une semaine (du 14  au 19 octobre), et attiré de nombreuses personnalités du monde culturel, comme Olivier Assayas, l'économiste Joseph Stiglitz, Matthew Weiner ("Mad Men"), Marjane Satrapi, le mathématicien ou Cédric Villani. Le romancier Emmanuel Carrère, y a  présenté dimanche soir en anglais son oeuvre et des thèmes qui lui sont chers -le récit à la première personne, la complexité du  réel, la place de l'interdit- devant un public nombreux venu de France et  d'Amérique.

Mary Gaitskill, romancière américaine invitée elle aussi au festival, était "très étonnée" d'y avoir été conviée, avouant  "ne pas connaître grand chose de la culture française"... "Pour que cela marche, il faudrait organiser encore plus d'événements pour amener le public à rencontrer des gens comme Emmanuel (Carrère). Personne ne peut ne pas aimer ses bouquins, encore faut-il qu'on en entende parler", insiste-t-elle.

Sobrement, Emmanuel Carrère acquiesce: "J'ai envie d'être lu aux Etats-Unis... Ce que je suis un peu depuis finalement 20 ans. Mais plus ça le sera, mieux ce sera".

Librairie Albertine 
972 Fifth Avenue, NY 10075