L'écrivain Orhan Pamuk accuse les Européens de complaisance envers la Turquie sur l'état de droit

Par @Culturebox
Mis à jour le 31/01/2016 à 15H58, publié le 31/01/2016 à 15H53
L'écrivain Orhan Pamuk en septembre 2015.

L'écrivain Orhan Pamuk en septembre 2015.

© Abdullah Coşkun / ANADOLU AGENCY

L'écrivain turc Orhan Pamuk accuse l'Union européenne de complaisance envers Ankara. Dans un entretien paru ce dimanche 31 janvier au quotidien turc Hürriyet, le prix Nobel de littérature affirme qu'elle choisit d'ignorer les atteintes à l'état de droit en Turquie en raison de la crise des migrants et de la lutte contre Daech.

"Ils (les Européens) ont oublié toutes leurs valeurs", a déclaré le prix Nobel de littérature de 2006 dans un entretien au journal Hürriyet. "Ils nous regardent comme ils regardaient l'Arabie saoudite autrefois : si (les Turcs) font ce que nous voulons, peu importe ce qu'ils font chez eux", a-t-il ajouté.

Mains liées

Selon l'écrivain, le combat contre le groupe Etat islamique et la crise des  migrants, deux défis pour lesquels l'UE ne peut pas se passer de la Turquie, "a  lié les mains de l'Europe". Ankara et Bruxelles ont signé fin novembre un "plan d'action" qui prévoit une aide européenne de 3 milliards d'euros aux autorités turques en échange de leur engagement à mieux contrôler leurs frontières et à lutter contre les  passeurs.

Bruxelles a accepté dans le cadre de cet accord de relancer les discussions  d'adhésion de la Turquie à l'UE, freinées depuis longtemps par plusieurs  dossiers, dont celui des droits de l'Homme. 

Pressions du gouvernement d'Ankara sur les médias

Le gouvernement islamo-conservateur du président Recep Tayyip Erdogan est  accusé par ses détracteurs de vouloir faire taire toute voix critique en Turquie, avec des pressions de plus en plus importantes sur les médias. La justice turque a requis mercredi la prison à vie à l'encontre de deux  journalistes d'opposition, Can Dündar et Erdem Gül, dans la ligne de mire du  président Recep Tayyip Erdogan pour un article accusant le régime d'avoir livré  des armes aux islamistes syriens.

"Je suis du genre à dire : parlons uniquement de littérature. Mais ce n'est plus possible", a ajouté Pamuk. "On ne peut pas s'asseoir et écrire son roman  quand Can Dündar est en prison."

Orhan Pamuk vient de terminer un nouveau roman, "La femme aux Cheveux  rouges", qui paraîtra mardi 2 février à Istanbul.