L'ebook stagnant en France, l'avenir du livre est-il dans l'impression à la demande ?

Par @Culturebox
Mis à jour le 17/03/2016 à 13H17, publié le 17/03/2016 à 12H24
L'impression à la demande lancée par les PUF

L'impression à la demande lancée par les PUF

© ERIC FEFERBERG / AFP

On dit le livre imprimé à l'agonie, bientôt supplanté par son équivalent électronique. Mais le papier n'a peut-être pas dit son dernier mot grâce à l'impression à la demande, une nouvelle technologie qui pourrait révolutionner le monde de l'édition.

"Nous entrons dans une époque où l'auteur écrit le livre et où le lecteur le fait naître", explique à l'AFP Frédéric Mériot, directeur général des Presses Universitaires de France (PUF) qui ont ouvert le 12 mars la première librairie express d'Europe.

L'imprimante express lancée par les PUF

Devant lui, l'"Expresso Book Machine" (EBM), une imprimante nouvelle  génération, vient de confectionner un exemplaire du livre d'Henri Bergson "Le  Rire", sous les yeux d'une cliente qui avait commandé l'essai quelques minutes  plus tôt. L'ouvrage en tout point identique à celui qu'on pourrait trouver dans une librairie traditionnelle est aussi vendu au même tarif, prix unique du livre oblige.
"L'Expresso Book Machine" (EBM) lancée par la librairie des PUF.

"L'Expresso Book Machine" (EBM) lancée par la librairie des PUF.

© ERIC FEFERBERG / AFP

Depuis une semaine, les PUF ont fait leur retour dans le coeur historique étudiant de Paris avec cet espace innovant où les lecteurs peuvent imprimer  l'ouvrage de leur choix, le temps de boire un café. L'enseigne, qui édite notamment la célèbre collection des "Que sais-je", avait quitté le quartier il y a dix-sept, baissant définitivement le rideau de cette emblématique librairie de la place de la Sorbonne. "En arrivant à la tête des PUF (en mai 2014), j'ai estimé que cette ancienne et prestigieuse maison pouvait parfaitement conserver son identité tout en tirant profit de ce que le numérique pouvait lui apporter", explique Frédéric Mériot.

L'ebook progresse très lentement en France

Sceptique quant au potentiel de développement du livre numérique (l'ebook  qu'on lit sur sa tablette, sa liseuse ou son ordinateur portable) le dirigeant croit beaucoup plus en "l'avenir du numérique imprimé, où toute la chaîne de  fabrication est digitale jusqu'à l'impression finale, sur papier traditionnel". Selon les chiffres du Syndicat national de l'édition, l'ebook ne représentait en 2014 que 2,3% du marché du livre, un chiffre marginal qui tend à stagner.

Selon un sondage publié le 16 mars, réalisé par OpinionWay pour trois associations d'auteurs et d'éditeurs, un Français sur cinq a déjà lu un livre  numérique, une proportion en très légère hausse en un an. Le nombre de lecteurs de livres numériques est passé de 18% à 20% en un an, indiquent dans un communiqué commun la Société française des intérêts des auteurs de l'écrit (Sofia), la Société des gens de lettre (SGDL) et le Syndicat national de l'édition (SNE).  Le sondage apprend même que "le nombre de livres numériques achetés par personne et le montant dépensé chaque année sont en baisse", 25% des sondés disant acheter moins qu'avant (+4 points en un an) et 32% estimant dépenser moins (+7 points).

L'impression à la demande lancée aux Etats-Unis par ODB

Développée depuis une dizaine d'années par la société américaine On Demand  Books (ODB), en partenariat avec Xerox, l'"Espresso Book Machine" est exploitée en France par le programme Irénéo. Elle est déjà régulièrement utilisée par plusieurs dizaines d'universités aux Etats-Unis, au Canada, en Australie ou au  Moyen-Orient. Quelques grandes librairies américaines - comme la McNally Jackson à New  York - ont aussi été séduites pas la machine qui fonctionne selon un modèle  économique inversé : le livre est vendu avant d'être imprimé et non le contraire. 

Le dispositif permet de réduire à l'extrême les coûts liés au transport et au stockage des ouvrages même si le coût de l'EBM reste élevé, aux environs de  150.000 euros l'unité. "Un marché peut sans doute se développer autour de cette machine même s'il ne concerne qu'une frange de l'édition, celle des ouvrages à faible demande", explique à l'AFP Jean-Luc Treutenaere, coprésident de la fédération européenne et internationale des libraires. "Des auteurs locaux par exemple, qui souvent aujourd'hui s'auto-éditent sur internet, peuvent retrouver le chemin des librairies et se réapproprier l'édition papier", souligne-t-il. Autre créneau visé par l'impression à la demande, celui des livres rares ou  anciens. "La machine nous a permis de remettre en vente à des prix normaux certains titres qui se vendaient d'occasion sur internet à plusieurs centaines d'euros, ce qui était une aberration", fait valoir Frédéric Mériot.

5000 titres disponibles pour l'instant 

Pour l'instant, les lecteurs ont le choix parmi près de 5.000 titres du fonds et des nouveautés des PUF, ainsi que plusieurs millions de titres internationaux entrés dans le domaine public et disponibles notamment dans le fonds Google Books, qui est libre de droits. Des tablettes sont à leur disposition dans la librairie pour qu'ils  puissent consulter le catalogue avant de passer commande, à la condition  toutefois que le titre ait été préalablement numérisé.

"Nous proposons en priorité des livres récemment épuisés et pour lesquels  il existe encore une petite demande", explique Frédéric Mériot. "Nous sommes aussi attentifs aux programmes des concours, comme l'agrégation de philosophie, où il est indiqué que certains livres sont épuisés  alors qu'ils sont nécessaires aux étudiants", ajoute-t-il.