Jean-Paul Goude sous toutes ses facettes aux Arts Décoratifs

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/11/2011 à 18H34
Goudemalion : Robe de maternité d’inspiration constructiviste, en collaboration avec Antonio Lopez, New York, 1980

Goudemalion : Robe de maternité d’inspiration constructiviste, en collaboration avec Antonio Lopez, New York, 1980

© Jean-Paul Goude

Génial touche-à-tout, Jean-Paul Goude a imposé son style et ses images dans tous les champs de la création contemporaine, de la mode à la publicité et de la photo au spectacle vivant. Le musée des Arts Décoratifs lui consacre une vaste rétrospective jusqu'au 18 mars. Inaugurée jeudi, cette exposition a été conçue par l'artiste comme une installation géante qui balaye 40 ans de créations.

C'est l'une de ses somptueuses valseuses noires créées pour le défilé du Bicentenaire de la Révolution française, en 1989, - poupée automate dotée d'une immense jupe en forme de demi-sphère - qui accueille le visiteur à l'entrée.

La "French correction"
Des poupées russes lui succèdent, glissant sur le plancher devant la locomotive du Bicentenaire (en contreplaqué), qui trône au centre de la grande nef. Tout de blanc vêtues, les jeunes femmes se prêtent à un jeu de face à face dans un miroir d'où semble jaillir le feu : une reconstitution féérique d'un film publicitaire réalisé par Jean-Paul Goude en 2002 pour Chanel Joaillerie.

A leurs côtés, des centaines de photos, images animées, montages, affiches, croquis, esquisses et dessins - 600 au total - essentiellement des femmes, que l'artiste a aimées. Et qu'il a découpées, allongées, déstructurées, métamorphosées à l'envi dans son travail de plasticien et de publicitaire, un art qu'il a appelé la "French correction".

Goude et ses muses, du pygmalion au Goudemalion
Souvent, le terme de pygmalion a été utilisé en parlant de Jean-Paul Goude et de sa relation avec ses modèles et ses muses. Toukie, Grace Jones, Farida Khelfa... autant de "beautés atypiques" qu'il a transfigurées.

Le philosophe et sociologue Edgar Morin a préféré inventer le terme de Goudemalion, pour expliquer le plus justement possible sa démarche. Car contrairement au roi de la légende, Jean-Paul Goude "sculpte une statue à partir de la femme qu'il épouse. Il en fait un être mythique (...), une créature de rêve et de légende".

"La femme c'est tout, je n'existe que par rapport à elle et à ce qu'elle pense de moi", dit l'intéressé, qui se définit lui-même comme "auteur d'images". "Je ne veux pas la changer, je veux la faire aimer par les autres".

Goudemalion : Kodakette en chair et en os, Kodak, Rome, 1984

Goudemalion : Kodakette en chair et en os, Kodak, Rome, 1984

© Jean-Paul Goude

Une exposition en trois parties, "mode, showbiz et publicité"
L'exposition, qui se décline en trois parties, met en lumière un "parcours" exceptionnel, celui d'un homme à la pointe de l'avant-garde : "c'est l'occasion de prouver aux gens que mon travail n'est pas seulement publicitaire. C'est un travail alimenté par la publicité mais je pense avoir été l'un des premiers à mélanger la mode, le showbiz et la publicité", commente-t-il.

Enfance, premières années d'illustration pour le Printemps, période new-yorkaise dans les années 70 puis retour en France où il révolutionne la publicité (Lee Cooper, Kodak, Perrier, Chanel...) : il invente un "langage graphique, construit des histoires", dit Amélie Gastaut, conservatrice aux Arts Décoratifs.

Le fil rouge ? "L'amour du dessin, de la chose bien équilibrée. L'équilibre c'est tout dans ma vie. Je suis un homme de forme".

Auto-proclamé "frivole et vaniteux" mais résolument artiste
"J'ai été élevé par une femme américaine, irlandaise qui était d'une grande pureté. Elle m'a toujours enseigné des principes : être soi-même, travailler, avec une absence totale de préjugés", poursuit-il, ému à l'évocation de l'ancienne danseuse de Broadway nourrie de culture américaine qui suivit son père français, pour s'établir en France.

"Pendant des années j'ai eu honte de parler de moi, ça ne se faisait pas chez les irlando-catholiques. Parler de moi en Goudemalion me permet de parler de moi à la troisième personne sans passer pour un prétentieux", dit-il.

Coquet, vêtu comme un Tintin contemporain, il se dit content d'être "un petit bonhomme un peu frivole, très vaniteux mais résolument un artiste".

"Goudemalion", jusqu'au 18 mars 2012
Musée des Arts Décoratifs
107 rue de Rivoli 75001 Paris
Tél. : 01 44 55 57 50
Métro : Palais-Royal, Pyramides ou Tuileries