"Je suis toujours vivant", lance Roberto Saviano à la mafia, 10 ans après "Gomorra"

Par @Culturebox
Publié le 17/10/2016 à 15H14
Roberto Saviano en 2014

Roberto Saviano en 2014

© Horst Galuschka / DPA

"Je suis toujours vivant!", lance sur un ton de défi aux boss mafieux l'écrivain italien Roberto Saviano, à l'occasion de ses dix ans de vie sous haute protection policière, dans un texte publié lundi dans le quotidien La Repubblica.

"Ce que j'aimerais leur crier en face aujourd'hui c'est: vous n'avez pas réussi, vous n'avez pas réussi obtenir ce que vous vouliez", écrit l'écrivain et journaliste de 37 ans, Roberto Saviano vit sous protection policière depuis qu"il a été menacé de mort par la mafia napolitaine après la publication, en 2006, de son best-seller "Gomorra", vendu à dix millions d'exemplaires dans le monde.

"Je ne me suis pas arrêté, je ne me suis pas plié, même si plus d'une fois je me suis brisé", souligne-t-il dans La Repubblica, le journal auquel il collabore régulièrement. Il revient sur ce jour de 2006 où il reçut l'appel téléphonique d'un responsable de la police l'avertissant qu'il serait placé sous protection. Lorsqu'on vient le chercher à son domicile il demande combien de temps cela durera et un policier lui répond : "Quelques jours, je crois".

"La vérité c'est que je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait"

"Faire une synthèse de ces années est très difficile, j'ai envie avant tout d'exprimer de la gratitude envers les policiers qui m'ont escorté tous les jours". "Ils sont devenus pour moi une famille, ce sont souvent leurs casernes qui m'ont accueilli". "Après mon cas, le nombre de demandes de protection a explosé en Italie pour des journalistes et des militants, et tout cela a paru normal", note-t-il. "La vérité c'est que je n'avais aucune idée de ce qui m'attendait".

L'Italie est "immergée dans une culture du chantage, qui devient un aspect de la stratégie des clans", fustige Saviano. "Celui qui décrit les organisations criminelles, les contrats, le blanchiment, sait qu'il deviendra d'une certain façon une cible. Parce qu'on ne parlera pas seulement du mérite de ce qu'il écrit mais on cherchera à détruire sa crédibilité", constate-t-il, évoquant certaines critiques émises à son encontre, cherchant à réduire son travail à une compilation de faits connus.

"Au cours des années, je n'ai pas seulement dû subir la difficulté d'une vie sous protection, mais aussi l'idiotie de ceux qui parlent sans rien savoir", ajoute-t-il, estimant que les organisations mafieuses "craignent plus que tout" un éclairage nouveau sur leurs activités.