Imre Kertész, Prix Nobel et auteur de "Être sans destin", est mort

Par @LaurenceHouot Journaliste, responsable de la rubrique Livres de Culturebox
Mis à jour le 31/03/2016 à 10H57, publié le 31/03/2016 à 10H12
L'écrivain hongrois Imre Kertesz, Prix Nobel de littérature en 2002

L'écrivain hongrois Imre Kertesz, Prix Nobel de littérature en 2002

L'écrivain hongrois Imre Kertész, auteur de "Être sans destin" et lauréat du prix Nobel de littérature en 2002, est décédé jeudi à l'âge de 86 ans, a annoncé son éditeur cité par l'agence de presse hongroise MTI.

Imre Kertész est mort à l'aube à son domicile de Budapest des suites d'une longue maladie, selon Krisztian Nyary, directeur des éditions Magveto. Ce juif rescapé des camps de concentration nazis fut le premier auteur de langue magyare primé par le Nobel.

Né à Budapest en 1929, Imre Kertész est déporté à Auschwitz en 1944 à l'âge de 15 ans, puis transféré à Buchenwald. Il est libéré en 1945, et découvre à son retour que toute sa famille a été exterminée. Il devient journaliste à Budapest. En 1951, il est licencié par son journal, proclamé "organe du parti communiste". Après avoir découvert Camus, Il se lance dans l'écriture, et fait aussi de nombreuses traductions d'auteurs de langue allemande, tels que Nietzsche, Hofmannsthal, Schnitzler, Wittgenstein, ou Canetti.

"Être sans destin"

Dans les années 60, il entame l'écriture de "Être sans destin", dans lequel il raconte sa déportation dans les camps nazis, par un garçon de 15 ans, qui découvre au fil des jours l'horreur des camps nazis.  Le livre sera publié seulement en 1975 (Publié en France chez Actes Sud en 1997). 

En 1988, il publie "Le Refus" (Actes Sud, 2001), et en 1990 "Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas" (Actes Sud, 1995).

En 2002, Imre Kertész reçoit le Prix Nobel, pour son oeuvre toute entière nourrie de son expérience dans les camps, comme celles de Primo Levi ou de Jorge Semprun. 

"Si l’Holocauste a créé une culture – ce qui est incontestablement le cas -, le but de celle-ci peut être seulement que la réalité irréparable enfante spirituellement la réparation, c’est-à-dire la catharsis. Ce désir a inspiré tout ce que j’ai jamais réalisé.",

Imre Kertész Extrait du discours de réception du prix Nobel de littérature, extrait publié aujourd'hui par Actes Sud sur son site.

Refusant tout nationalisme, l'écrivain a vécu en marge de la société hongroise, écrivant des comédies musicales, des pièces de théâtre de boulevard, et vivant de traductions. Il avait publié récemment "L’ultime auberge"(Actes Sud),qualifié par lui-même de "journal de mort", un roman étrange et bouleversant qui rassemble l'ensemble ses journaux de 2001 à 2009, dont "Sauvegarde, journal 2001-2003", publié par Actes Sud en 2012, et ses confessions sur la maladie et la vieillesse, ses réflexions sur l'écriture et la vie, son rapport au judaïsme, ou le désamour de son pays la Hongrie…