Fred Vargas dénonce une éventuelle expulsion de Cesare Battisti du Brésil

Par @Culturebox
Mis à jour le 15/03/2015 à 16H59, publié le 15/03/2015 à 16H56
Cesare Battisti le 12 mars 2015.

Cesare Battisti le 12 mars 2015.

© Carlos Villalba/EPA/MAXPPP

La "déportation" hors du Brésil de l'Italien Cesare Battisti récemment ordonnée par une juge brésilienne est "juridiquement non recevable", estime la romancière Fred Vargas dans une "mise au point sur la nouvelle affaire Battisti" adressée samedi à l'AFP.

Fred Vargas (ici en 2006)

Fred Vargas (ici en 2006)

© GINIES/SIPA
Expulsion "juridiquement irrecevable"

"La décision de cette juge, prononcée en l'absence de tout fait nouveau, est juridiquement non recevable, dès l'instant où la déportation s'applique à des personnes résidant illégalement au Brésil. Ce qui n'est en rien le cas de Cesare Battisti", écrit Fred Vargas, l'un de ses fidèles soutiens. L'auteure à succès avait consacré à ce dernier en 2004 un livre : "La vérité sur Cesare Battisti".

Une juge fédérale brésilienne a ordonné le 3 mars l'expulsion de l'ancien militant d'extrême gauche et écrivain condamné à la prison à perpétuité par la justice de son pays pour des meurtres commis dans les années 70, une sentence qui remet en question une décision de la Cour suprême.

Il s'agit "d'un étranger en situation irrégulière au Brésil et qui, en tant que criminel condamné dans son pays pour meurtre, n'a pas le droit de rester" au Brésil, a décrété la juge Adverci Mendes de Abreu dans sa sentence. La défense a déjà dit qu'elle ferait appel.

Cesare Battisti a été arrêté jeudi 12 mars par la police fédérale brésilienne, avant d'être relâché le 13 mars dans l'attente d'une décision sur son expulsion, selon son avocat. La juge a souligné que Battisti devait être expulsé au Mexique ou en France, pays où il est allé après voir fui l'Italie et avant de se réfugier au Brésil en 2004.

Risque de perpétuité en Italie

S'il était extradé vers Paris "au premier pas effectué sur le sol de France, Battisti serait aussitôt conduit en Italie pour y purger une peine de prison à perpétuité", affirme Fred Vargas. "On est donc en droit de se demander si la juge Adverci Mendes de Abreu prononça cet avis par ignorance de ce fait ou par simple provocation", conclut l'écrivain.

Cesare Battisti, 60 ans, est réclamé par l'Italie après avoir été condamné en 1993 par contumace à la réclusion à perpétuité pour quatre meurtres et complicité de meurtres à la fin des années 1970 - les années de "plomb" du terrorisme -, crimes dont il se dit innocent. 

Cesare Battisti a toujours dit à ses avocats "n'avoir aucune intention de quitter le Brésil", où il a vécu dans la clandestinité de 2004 à 2007, date de son arrestation à Rio de Janeiro. Il avait commencé à y refaire sa vie, après 30 ans de fuite au Mexique et en France où il est devenu auteur de romans  policiers.

Incarcéré pendant quatre ans près de Brasilia, Cesare Battisti avait été libéré le 9 juin 2011, quelques heures après le rejet par la Cour suprême d'une demande d'extradition de l'Italie, provoquant la colère de Rome.